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Nord-Kivu : deux mois sans salaire, le silence d’IFOD/CARITAS face à la détresse des enseignants devient une injustice sociale

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Ils ne demandent ni faveur ni charité. Ils demandent simplement le fruit de leur travail. À l’approche de la rentrée Académique 2026-2027, deux mois d’impayés plongent des enseignants du Nord-Kivu dans une inquiétude qui dépasse désormais la seule question salariale.

Au Nord-Kivu, l’enseignant semble condamné à enseigner même lorsque sa propre vie devient une leçon de survie. Depuis juillet et août 2026, des enseignants payés par IFOD/CARITAS attendent leurs salaires, tandis que la rentrée Académique approche. Comment préparer une nouvelle année scolaire lorsqu’on ne sait pas comment nourrir sa famille, payer son loyer, assurer les soins ou acheter les fournitures de ses propres enfants ? Derrière ces deux mois d’arriérés, il n’y a pas seulement des chiffres : il y a des familles suspendues à une promesse de paiement.

Le paradoxe est cruel. Ceux qui doivent préparer les enfants à bâtir l’avenir sont eux-mêmes privés des moyens de préparer le leur. Dans une province meurtrie par la guerre, les déplacements, l’insécurité et la pauvreté, le salaire de l’enseignant n’est pas un simple revenu : c’est souvent l’unique rempart d’une famille contre la faim et l’exclusion. Retarder ce salaire, sans explication suffisamment claire et accessible, revient à déplacer la crise jusque dans les foyers de ceux qui maintiennent encore debout l’école.

Ce qui interroge davantage encore, c’est le silence. IFOD/CARITAS est une structure dont la vocation sociale et humanitaire devrait précisément placer la dignité humaine au cœur de son action. Dès lors, une question s’impose : où est l’humanité lorsque ceux qui servent la communauté doivent eux-mêmes supplier pour être payés ? Où est l’humanisme lorsque deux mois d’attente deviennent une épreuve familiale ? La solidarité ne peut être seulement un discours institutionnel ; elle doit aussi se mesurer à la manière dont une organisation traite celles et ceux qui travaillent pour elle.

Il faut donc que les responsables d’IFOD/CARITAS parlent. Pas demain, pas lorsque la colère aura gagné les salles de classe, mais maintenant. Les enseignants ont droit à des explications précises : pourquoi ces salaires sont-ils en retard ? Où se situe le blocage ? Quel calendrier crédible est prévu pour leur paiement ? Dans toute institution responsable, l’incertitude ne devrait jamais devenir le mode de gestion des travailleurs. La transparence n’est pas une faveur accordée aux enseignants : c’est une exigence élémentaire de responsabilité.

À quelques jours de la rentrée Académique 2026-2027, cette situation devrait surtout provoquer une prise de conscience. On ne peut exiger des enseignants qu’ils transmettent sérénité, discipline et espoir à leurs élèves tout en les laissant eux-mêmes dans l’angoisse financière. Un enseignant impayé n’est pas seulement un travailleur en difficulté : c’est une école entière fragilisée. IFOD/CARITAS doit entendre cette interpellation et agir. Car lorsque ceux qui portent l’avenir des enfants commencent à perdre espoir, ce n’est plus seulement leur salaire qui est en jeu : c’est la confiance dans l’institution, dans la solidarité et, plus profondément, dans la valeur que notre société accorde à ceux qui éduquent.

Éditeur- Voix du Paysan

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