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Énergie : le monde change de courant, mais pas encore de cap

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

Les chiffres de l’AIE dessinent une transition énergétique désormais impossible à ignorer : le solaire et les autres sources bas-carbone progressent à grande vitesse, l’électricité devient le moteur de la demande mondiale, mais les combustibles fossiles refusent encore de céder leur trône.

Le Global Energy Review 2026 de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), consacré aux tendances observées en 2025, livre un paradoxe saisissant. La demande mondiale d’énergie a augmenté de 1,3 %, tandis que la demande d’électricité a bondi de près de 3 %, soit plus de deux fois plus rapidement. Le monde entre ainsi, selon l’AIE, dans une véritable « ère de l’électricité ».

Et dans cette course, le soleil accélère. Le solaire photovoltaïque a fourni à lui seul plus du quart de la croissance de la demande énergétique mondiale. Les sources bas-carbone — solaire, éolien, nucléaire, hydraulique et autres renouvelables — ont représenté près de 60 % de cette croissance. Les capacités renouvelables nouvellement installées ont atteint un record de 800 GW en 2025, dont environ 75 % provenant du solaire.

Mais le vieux monde énergétique n’est pas mort. Pétrole, gaz et charbon ont encore progressé en 2025. Plus inquiétant encore, les émissions mondiales de CO₂ liées à l’énergie ont atteint un nouveau sommet, à près de 38,4 milliards de tonnes, malgré un ralentissement de leur croissance à seulement 0,4 %. La transition avance donc, mais elle n’avance pas encore assez vite pour faire reculer la montagne carbone.

C’est ici que le débat sur l’élimination progressive des combustibles fossiles prend tout son sens. Le défi n’est plus de savoir si les renouvelables peuvent remplacer une partie du système ancien : elles le font déjà. Depuis 2019, le déploiement du solaire, de l’éolien, du nucléaire, des voitures électriques et des pompes à chaleur a évité en 2025 plus de 35 exajoules de demande mondiale en combustibles fossiles et environ 3 milliards de tonnes de CO₂.

Le message de l’AIE est donc moins une victoire qu’un avertissement. La transition énergétique est engagée, mais elle reste inachevée, inégale et trop lente face à l’urgence climatique. Pour l’Afrique, et particulièrement pour la RDC, l’enjeu est immense : transformer son immense potentiel solaire, hydraulique et autres ressources renouvelables en électricité accessible, emplois, industrialisation et justice énergétique, plutôt que de reproduire éternellement un modèle fondé sur l’extraction. Le futur énergétique ne se décidera pas seulement dans les grandes capitales : il se construira aussi dans nos villages, nos villes et nos communautés. Informer pour protéger, sensibiliser pour agir : c’est maintenant que le choix doit être assumé.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan.

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