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Goma dans le noir : quand « Leo ni tour yetu » devient la nouvelle règle

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

À Goma, le courant n’est plus une évidence : le délestage s’installe, l’économie suffoque et le silence sur les causes nourrit l’inquiétude.

Goma avait fini par croire que les nuits sans électricité appartenaient à une époque révolue. Grâce à l’approvisionnement de Virunga Energies, la ville avait connu une forme de sérénité énergétique devenue presque banale. Mais depuis plusieurs semaines, cette accalmie se fissure. Le courant disparaît, parfois pour une journée entière, et avec lui s’éteint une partie du quotidien des Gomatraciens.

Dans les quartiers, une expression résume désormais cette nouvelle réalité : « Leo ni tour yetu » — aujourd’hui, c’est notre tour. Une formule lancée avec fatalisme, parfois avec ironie, mais qui traduit surtout une résignation inquiétante. Quand un quartier reste 24 heures dans l’obscurité avant de retrouver l’électricité, ce n’est plus une simple panne : c’est un service essentiel qui devient imprévisible.

Derrière chaque coupure, il y a pourtant une activité qui s’arrête. Des bureaux interrompent leur travail, des commerces perdent des heures précieuses, des ateliers cessent de fonctionner, des étudiants cherchent désespérément une source d’énergie pour étudier. Dans une ville où l’économie repose largement sur les petites activités, chaque heure sans courant a un prix. Le délestage ne plonge donc pas seulement Goma dans le noir ; il ralentit son économie et fragilise ceux qui vivent de leur travail quotidien.

Le plus préoccupant reste peut-être l’absence d’une explication suffisamment claire et accessible à la population. Une crise énergétique peut avoir des causes techniques, hydrologiques, infrastructurelles ou liées à la capacité du réseau. Mais le citoyen ne devrait pas être condamné à deviner. Le silence alimente les rumeurs, tandis que la transparence construit la confiance. Les responsables du secteur doivent donc expliquer, avec précision, l’origine de ces perturbations, leur durée prévisible et les mesures engagées pour y remédier.

Goma ne demande pas le miracle : elle demande de la prévisibilité. L’électricité n’est pas un luxe ; elle est devenue l’une des artères de la ville moderne. Si « Leo ni tour yetu » devait s’installer durablement dans le vocabulaire quotidien, ce serait le signe d’un recul que Goma ne peut se permettre. La lumière doit revenir, mais surtout la confiance : car une ville qui travaille, produit et espère ne peut accepter que son avenir soit réglé au rythme imprévisible des interrupteurs.

La Rédaction

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