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À l’heure où la République démocratique du Congo s’enfonce dans une crise sécuritaire, politique et sociale sans précédent, la question n’est plus seulement de savoir s’il faut dialoguer, mais avec qui, pour quoi et sous quelle garantie.
La paix ne se décrète pas dans une salle où l’on choisit à l’avance les interlocuteurs et les conclusions. Pour Bienvenu Matumo, militant pro-démocratie, engagé pour la justice sociale et la dignité humaine, le dialogue annoncé par Félix Tshisekedi risque de ressembler davantage à un monologue du pouvoir qu’à une véritable négociation nationale. Dans un pays meurtri par la guerre, les déplacements massifs et l’effondrement de la confiance politique, exclure les acteurs qui contrôlent ou représentent de fait des territoires en conflit revient, selon cette lecture, à parler de la guerre sans parler à tous ceux qui la font et la subissent.
L’enjeu dépasse donc le simple format des consultations. Derrière le vocabulaire du dialogue se profile une bataille sur l’architecture institutionnelle de la République. L’hypothèse d’une instrumentalisation politique des consultations provinciales en vue de légitimer ultérieurement une réforme constitutionnelle ou un référendum nourrit déjà la méfiance d’une partie de l’opposition et de la société civile. Or une Constitution ne peut être durablement refondée dans la suspicion, encore moins au milieu des canons et des populations déplacées. Elle doit être le produit d’un consensus suffisamment large pour ne pas devenir, demain, le symbole d’une victoire d’un camp sur les autres.
La place accordée à la CENCO et à l’ECC cristallise également les inquiétudes. Si ces deux confessions religieuses ont souvent incarné des espaces de médiation dans les crises congolaises, leur intégration dans un dispositif largement piloté par le pouvoir risque, aux yeux de ses détracteurs, d’affaiblir leur capacité d’arbitrage. Un médiateur ne peut inspirer confiance que s’il dispose d’une réelle autonomie. Sinon, le dialogue cesse d’être un pont entre les antagonistes et devient une scène où le pouvoir organise sa propre légitimation.
Mais le véritable danger serait de confondre l’organisation d’un dialogue avec la résolution de la crise. La RDC n’a pas seulement besoin d’un rendez-vous politique : elle a besoin d’un processus capable de traiter simultanément la guerre, la gouvernance, la représentation politique, la justice, la décentralisation, les inégalités sociales, les déplacements de populations et la question lancinante de la légitimité institutionnelle. C’est pourquoi Bienvenu Matumo appelle les différentes composantes de l’opposition, les organisations de la société civile et les mouvements citoyens à ne pas se contenter d’un refus passif, mais à construire une pression politique et citoyenne en faveur d’un dialogue véritablement inclusif, souverain et transparent.
Car dans la RDC d’aujourd’hui, le silence n’est plus neutre et l’exclusion n’est plus une méthode de paix. Un dialogue qui ne rassemble que ceux qui se reconnaissent déjà autour de la même table risque de produire une photographie politique, pas une paix durable. Le pays n’a pas besoin d’un monologue supplémentaire : il a besoin d’une conversation nationale où le pouvoir accepte d’entendre ses adversaires, où les victimes ont une voix, où les territoires en guerre ne sont pas réduits à des lignes sur une carte et où la Constitution n’est pas transformée en instrument de conquête politique. La paix congolaise ne naîtra pas d’un dialogue contrôlé par un camp, mais d’un processus suffisamment libre pour que personne ne puisse en revendiquer seul la victoire.
La Rédaction