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À Mambasa, la colère sociale ne se résume plus à une question fiscale. Entre attaques attribuées aux ADF, déplacements de populations, pression administrative et sentiment d’abandon, la société civile adresse aux autorités un avertissement : l’État ne peut réclamer des devoirs à des citoyens qui attendent encore la garantie de leurs droits fondamentaux.
À Mambasa, le malaise a changé de nature. La réunion de sécurité du 19 août, censée rapprocher les autorités des réalités vécues par la population, semble avoir davantage révélé la profondeur du fossé qui sépare l’administration des citoyens. Dans les villages, les champs et les zones minières exposés aux attaques attribuées aux ADF-NALU/MTM, la première revendication reste élémentaire : vivre sans peur, travailler sans être attaqué et rentrer chez soi sans risquer sa vie. Les personnes déplacées attendent, elles aussi, plus qu’une promesse : des conditions réelles de retour, de protection et de réinstallation.
À cette insécurité physique s’ajoute une autre forme d’étouffement : la pression économique. DGI, TVA, aménagement du territoire et autres services sont accusés par les organisations signataires de multiplier les interventions auprès des opérateurs locaux. Payer l’impôt est certes un devoir citoyen, mais l’impôt ne peut devenir, dans un territoire meurtri, un instrument de pression supplémentaire. L’État doit percevoir, mais il doit aussi protéger. Il doit contrôler, mais dans le respect des procédures, de la dignité et des droits. Car la formule de la société civile — « les citoyens n’ont pas que les devoirs » — résume une vérité politique fondamentale : l’autorité publique ne se mesure pas seulement à sa capacité de taxer, mais à celle de garantir la sécurité, la justice et la paix.
La réponse à cette crise ne peut cependant pas être une fuite en avant dans l’« incivisme fiscal ». Elle doit être un pacte de responsabilité. Aux autorités : renforcer le renseignement de proximité, sécuriser prioritairement les villages, les axes agricoles, les champs et les sites miniers, réorganiser les dispositifs de protection civile, documenter les attaques et assurer une présence permanente de l’État dans les zones à risque. Aux services fiscaux : harmoniser les contrôles, mettre fin aux tracasseries, publier clairement les taxes légalement dues et instaurer des mécanismes accessibles de plainte et de recours. À la société civile : documenter les abus, sensibiliser au civisme fiscal et maintenir un dialogue exigeant avec les autorités plutôt que laisser la frustration se transformer en confrontation.
Mambasa n’a pas besoin d’un État absent ni d’un État seulement percepteur ; il a besoin d’un État protecteur. La sécurité doit précéder le retour durable des déplacés ; la justice doit accompagner la fiscalité ; le dialogue doit remplacer l’intimidation. Un comité de sécurité ne devrait pas seulement constater les inquiétudes : il devrait produire des engagements vérifiables, avec des responsables désignés, un calendrier et un mécanisme de suivi associant la société civile. À défaut, la colère continuera de gagner du terrain. À Mambasa, le véritable enjeu dépasse donc les impôts : il s’agit de restaurer la confiance entre une population qui réclame ses droits et un État qui doit enfin démontrer, par des actes, qu’il mérite son autorité.
La Rédaction
Mambasa : quand l’impôt devient lourd et la sécurité, incertaine