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Le 4 mai 2023, plus de 2.000 personnes perdaient la vie dans un glissement de terrain suivi d’inondations causée par une pluie torrentielle à Kalehe, au Sud-Kivu. Deux ans après, les survivants attendent toujours des solutions durables, tandis que les promesses officielles s’enlisent.
Par Valet Chebujongo.
Le silence du matin contraste avec la violence des souvenirs. À Bushushu et Nyamukubi, dans le groupement de Mbinga-Sud, territoire de Kalehe, la terre a englouti des vies, des espoirs, et jusqu’à présent, peu a été reconstruit.
Le 4 mai 2023, une catastrophe naturelle d’une ampleur inédite frappait cette région du Sud-Kivu. Des pluies torrentielles avaient provoqué un glissement de terrain suivi d’inondations meurtrières, emportant plus de 2.000 personnes selon les bilans des autorités locales et de la société civile.
Un deuil inachevé ?
Seuls environ 600 corps avaient été retrouvés, souvent méconnaissables, puis enterrés dans des conditions précaires, dénoncées comme « inhumaines » par le mouvement citoyen LUCHA RDC et plusieurs organisations de la société civile locales. Deux ans après, le chagrin est toujours là.
« Nous avons tout perdu. Des êtres chers, nos maisons, nos champs, boutiques comme des motos… Deux ans plus tard, nous vivons toujours sous des tentes ou chez des familles d’accueil. Personne n’est venu vraiment nous écouter pour une solution durable », confie une survivante de Bushushu.
Des promesses non tenues
Depuis 2023, les discours de solidarité et les engagements gouvernementaux se sont multipliés, mais sur le terrain, la réalité reste cruelle. Si quelques familles ont été réinstallées sur le site de Lwako ou dans une portion de la concession Mushonezo, la grande majorité des sinistrés n’ont ni logement décent, ni accès régulier à l’eau potable, encore moins à des soins médicaux adéquats.
La précarité a même engendré un nouveau conflit : plusieurs rescapés, faute de solutions viables, ont envahi la plantation de Katashola, provoquant des tensions avec les agriculteurs locaux. Jusqu’à présent, aucune solution équitable n’a été proposée par les autorités.
Silence d’État et détresse durable ?
Au-delà de Kalehe, le drame de 2023 a choqué toute la province. Mais au niveau national, la réponse de l’État congolais est jugée largement insuffisante. Aucune politique sérieuse de reconstruction ou de relogement durable n’a vu le jour, et les aides humanitaires, pourtant nombreuses au début, se sont taries.
« Les organisations humanitaires ont fait leur part. C’était temporaire. Aujourd’hui, il faut un plan de relèvement, une vraie stratégie d’avenir », martèle Mr. Merci Tchintu, militant de la luchaRDC section de Kalehe.
Une tragédie annoncée, et répétée
Ce n’était pas la première fois que Bushushu connaissait une catastrophe : en 2014, 2016 et 2018, la localité avait déjà été frappée par des glissements de terrain. Pour plusieurs environnementalistes, ces drames sont aggravés par la déforestation, l’exploitation illégale du Parc national de Kahuzi-Biega (PNKB) et la mauvaise gestion de l’environnement.
Le changement climatique et l’érosion des sols fragilisent de plus en plus les régions de l’est de la RDC. La tragédie de Kalehe, deux ans après, résonne comme un avertissement ignoré.
La Rédaction