Voix du Paysan pour former et informer les citoyens
Depuis plusieurs jours, l’érosion de Laloux, dans la commune de Ngaliema à Kinshasa, ravage les quartiers Bangu et Punda. Des maisons englouties, des familles déplacées, des vies bouleversées. Face à cette catastrophe, un silence administratif inquiétant domine. Où sont les plans de prévention ? Où sont les mesures d’urgence ? À qui profite ce vide de responsabilité ?
Il faut dire la vérité : cette situation n’est pas un simple caprice de la nature. C’est le résultat combiné d’une urbanisation désordonnée, d’un défaut de contrôle des constructions, et d’un abandon manifeste des politiques de prévention des risques environnementaux. La ville de Kinshasa paie aujourd’hui le prix d’une gestion urbaine défaillante.
Depuis des années, les professionnels de l’urbanisme alertent sur la dangerosité des constructions dans les zones à forte pente, sans études géotechniques, sans réseaux d’évacuation d’eaux pluviales, sans encadrement. Pourtant, malgré ces avertissements, des quartiers entiers ont été bâtis sur des sites vulnérables, souvent avec la complicité passive ou active de certains services publics.
Aujourd’hui, l’urgence est double : secourir les familles touchées avec dignité, et adopter une réforme en profondeur de la gouvernance urbaine. Cela suppose :
La mise en place d’un plan d’aménagement et de protection des zones à risques ;
Le renforcement des services techniques communaux d’urbanisme ;
La régularisation stricte des permis de construire avec contrôle sur site ;
Et surtout, un fonds provincial dédié à la résilience urbaine et au relogement durable.
La ville de Kinshasa ne peut continuer à bâtir dans l’aveuglement, ni à détruire dans l’indifférence. La mémoire de ces quartiers emportés par l’érosion doit devenir le point de départ d’un nouveau pacte urbain, fondé sur la prévention, la justice spatiale et la responsabilité collective.
Fiston ILANGI NDEKE Urbaniste|Enseignant-Chercheur à l’Institut Supérieur d’Architecture et d’Urbanisme