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République démocratique du Congo : le Parc des Kahuzi-Biega livré au pillage

A mesure que les combats se rapprochent, la nature elle-même devient une victime de la guerre. Depuis l’entrée des rebelles du groupe armé dans les territoires de Kalehe et Kabare comme dans d’autres entités des provinces du Sud-Kivu et du Nord-Kivu, le Parc National de Kahuzi-Biega (PNKB), joyau écologique classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, subit une exploitation illégale d’une ampleur inédite.

Derrière les lignes de front, ce ne sont pas seulement les populations civiles qui paient le prix du conflit : la faune, la flore, et les ressources naturelles du parc sont méthodiquement pillées par les rebelles, avec la complicité de certains habitants riverains.

Un patrimoine mondial en voie d’effondrement.

Des tronçonneuses résonnent désormais là où régnaient les cris des chimpanzés, singes et oiseaux. Les groupes armés, en quête de financements, a transformé le parc en une vaste zone d’exploitation illégale. Bois précieux, or, charbon de bois : tout se monnaie.

Des sources locales affirment que les rebelles attribuent des portions du parc à des exploitants illégaux en échange d’argent. « Chaque semaine, plus de 10.000 sacs de braises et près de 30.000 planches sont embarqués depuis le port de Kalehe, Kasheke et Luzira à destination de Goma et Bukavu », confie un notable de la région. Et d’ajouter, alarmé : « Si rien n’est fait, dans un an, plus de 50 kilomètres carrés du parc auront disparu sous les haches. »

Outre le braconnage massif et l’abattage d’arbres, l’extraction artisanale de l’or prend de l’ampleur. La totalité des matières premières ainsi extraites franchit la frontière vers le Rwanda, via des réseaux bien rodés. Dans plusieurs entités des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu placées sous l’administration parallèle des groupes armés, la destruction des écosystèmes est devenue monnaie courante. Forêts, parcs, lacs, réserves naturelles sont surexploités dans le silence absolu, au vu et au su de tous.

Quand la guerre impose sa loi à la nature Sur le terrain, la terreur est double : militaire et écologique. Les détonations d’armes lourdes ont traumatisé la faune sauvage, provoquant la fuite des espèces les plus sensibles. Les rares défenseurs de l’environnement encore présents dans la zone agissent désormais dans la peur, car tout regard critique est immédiatement réprimé par l’administration parallèle des groupes armés.

« Ce mouvement n’accepte aucune voix dissidente, même quand il s’agit de protéger notre héritage naturel commun », confie un activiste environnemental sous couvert d’anonymat. Inaction de l’UNESCO et des écologistes mondiaux Pourtant, l’alerte avait été donnée. Le 13 novembre 2024, le gouvernement provincial du Sud-Kivu avait signé un arrêté (n°24/279/GP/SK/2024) interdisant toute exploitation, occupation, commercialisation et transport de ressources issues du PNKB.

Des mesures d’accompagnement avaient même été annoncées. Mais aujourd’hui, ces efforts semblent balayés par l’avancée rebelle, et l’inaction prolongée de l’UNESCO comme des grandes organisations écologistes mondiales laisse planer un sentiment d’abandon. « Il faut agir maintenant, avant que ce parc ne soit rayé de la carte », alerte Monsieur Valet Chebujongo et  coordinateur provincial de l’ASBL INITIATIVE POUR LA PROTECTION DES DROITS DE L’HOMME ET LA REINSERTION SOCIALES  ‘’IPDHOR ASBL’’

Vers la justice environnementale ?

Alors que les exactions contre les civils sont de plus en plus documentées, la question écologique reste souvent reléguée au second plan. Pourtant, la destruction d’un patrimoine mondial doit, elle aussi, faire l’objet d’enquêtes et de poursuites. Si un jour les responsables de cette rébellion comparaissent devant la justice, il faudra aussi inscrire à leur passif ce crime écologique de grande envergure. Car détruire le Parc National de Kahuzi-Biega, ce n’est pas seulement anéantir un sanctuaire naturel de l’Afrique centrale c’est aussi priver les générations futures d’un trésor universel.

Par  Valet Chebujongo

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