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À Bibwa, l’heure n’est plus aux bilans de façade : Muhindo Nzangi veut confronter les chiffres des projets agricoles à la réalité des champs, des producteurs et des assiettes.
Après trois jours d’examen du portefeuille des projets et programmes agricoles, Muhindo Nzangi place la dernière journée de l’atelier de redevabilité sous le signe de la vérité du terrain. Une démarche salutaire dans un secteur où les tableaux de bord peuvent afficher des taux d’exécution rassurants tandis que, dans les villages, les producteurs attendent encore les semences, les infrastructures, les marchés et les résultats promis. Muhindo Nzangi a raison de déplacer le regard : un projet agricole ne se juge pas seulement à l’argent consommé ou aux activités réalisées, mais à ce qu’il change réellement dans la vie de celui qui cultive.

Car Muhindo Nzangi pose, en creux, la question la plus redoutable de toute politique agricole : qu’est-ce qui arrive réellement jusqu’au champ ? Entre les plans élaborés dans les bureaux, les budgets votés et les réalités rurales, les déperditions sont parfois considérables. La redevabilité n’a donc de sens que si elle permet de nommer les retards, de comprendre les blocages et de corriger les trajectoires. Muhindo Nzangi semble vouloir faire de cet exercice non pas une cérémonie administrative de plus, mais un miroir dans lequel les programmes publics doivent accepter de regarder leurs propres insuffisances.

À Bibwa, Muhindo Nzangi ouvre ainsi un chantier qui dépasse le seul ministère de l’Agriculture : celui de l’efficacité de la dépense publique. La RDC ne manque pas nécessairement de projets agricoles ; elle manque trop souvent de continuité, de coordination, de suivi et d’impact mesurable. Lorsque les recommandations de l’atelier seront formulées, Muhindo Nzangi devra veiller à ce qu’elles ne finissent pas dans les tiroirs où s’entassent tant de rapports. Le véritable indicateur sera ailleurs : dans les champs mieux exploités, les revenus ruraux améliorés, la production accrue et les marchés enfin accessibles aux producteurs.

L’agriculture congolaise n’a plus besoin de promesses qui germent sur le papier et meurent avant la récolte. Avec Muhindo Nzangi, la dernière ligne droite de cet atelier doit devenir le point de départ d’une nouvelle discipline : financer mieux, exécuter plus vite, contrôler davantage et surtout mesurer ce qui compte pour le paysan. Car au bout de chaque programme agricole, il n’y a ni une ligne budgétaire ni un taux d’exécution : il y a une famille, une exploitation, un revenu et une assiette. Muhindo Nzangi sera donc jugé moins sur la qualité des conclusions de Bibwa que sur leur capacité à transformer durablement cette réalité.
Éditeur- Voix du Paysan.