×
Logo en chargement
CHARGEMENT...

À Beni, les rivières ne demandent pas la pitié, mais la protection

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

À l’UOS, des étudiants ont lancé l’alerte sur l’état des rivières Tuha, Biautu, Kilokwa et d’autres cours d’eau. Derrière leur cri se joue une bataille plus vaste : celle de la survie de zones humides menacées par la pollution et l’indifférence.

À Beni, le message des étudiants de l’Université Officielle de Semuliki (UOS) résonne comme un avertissement. À l’heure où l’on célèbre les diplômes et l’avenir, ils ont choisi de regarder vers ces rivières que la ville oublie. Tuha, Biautu, Kilokwa et les autres ne sont pas de simples filets d’eau traversant le paysage : ce sont des écosystèmes vivants, des refuges de biodiversité et des réserves naturelles dont dépend une partie de l’équilibre des communautés. Les zones humides assurent notamment des fonctions essentielles de purification de l’eau et de régulation écologique, mais elles subissent partout les pressions de la pollution et de l’urbanisation.

Le drame est que la pollution commence souvent par ce que l’on finit par considérer comme banal : un sachet jeté dans l’eau, une eau usée déversée sans traitement, une berge transformée en dépotoir. Puis vient l’habitude. Et, avec elle, la disparition silencieuse. Une rivière ne meurt pas toujours dans le fracas ; elle peut s’éteindre lentement, sous les déchets, les eaux souillées et l’indifférence. La RDC connaît déjà cette dégradation de nombreux cours d’eau urbains.

Il faut donc prendre au sérieux la formule lancée par ces étudiants : « Toutes les rivières méritent mieux que la pollution. » Elle dépasse Beni. Elle interpelle les autorités, les ménages, les entreprises, les institutions éducatives et chaque citoyen. Protéger une rivière, ce n’est pas seulement sauver de l’eau : c’est protéger la biodiversité, réduire les risques sanitaires, préserver les moyens de subsistance et transmettre aux générations futures un territoire encore habitable.

L’urgence est désormais d’agir avant que les rivières de Beni ne deviennent des noms dans les archives d’une biodiversité disparue. Il faut identifier les sources de pollution, restaurer les berges, empêcher les dépôts de déchets, renforcer l’assainissement et faire respecter les règles environnementales. La sensibilisation ne peut plus être une cérémonie annuelle : elle doit devenir une culture quotidienne. La loi congolaise consacre d’ailleurs le principe de protection de l’environnement ; encore faut-il que ce principe quitte les textes pour entrer dans la vie des quartiers.

Les étudiants de l’UOS ont donc raison de sonner l’alarme. Leur voix rappelle une vérité que le développement oublie trop souvent : une ville qui détruit ses rivières détruit une part de son propre avenir. À Beni, le temps n’est plus aux discours sur la beauté des cours d’eau, mais à leur sauvegarde. Tuha, Biautu, Kilokwa et les autres ne demandent pas la pitié. Elles demandent simplement le droit de continuer à vivre.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

Partager

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

×