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Lac Albert : à Bunia, le « non » au pétrole descend dans la rue

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

À Bunia, le débat pétrolier quitte les bureaux pour gagner les marchés. Face aux étals et aux commerçants, la société civile veut faire de la protection du lac Albert une affaire citoyenne.

Le pétrole promet des revenus, des infrastructures et des emplois. Mais autour du lac Albert, une autre question s’impose : que restera-t-il lorsque les derricks auront laissé leurs traces sur les eaux, les terres et les communautés ? À Bunia, le Cadre de concertation de la société civile sur les ressources naturelles (CDC/RN) et l’ONG FORED ont choisi les marchés pour poser cette question, loin des discours technocratiques et des promesses prononcées dans les salons.

De Kolomanyi à Mudzipela, en passant par Saïo et plusieurs autres marchés, les sensibilisateurs ont porté un message aussi simple que lourd de sens : Notre terre sans pétrole. Douze marchés ont ainsi servi de tribunes improvisées pour parler pollution, conflits fonciers, déplacements de populations et menaces sur la biodiversité. Une manière de rappeler que les grandes décisions sur les ressources naturelles finissent toujours par avoir un visage humain.

Car le lac Albert n’est pas une simple réserve sous pression économique. Il nourrit, directement ou indirectement, des familles qui dépendent de ses eaux et de ses écosystèmes. Une dégradation durable du lac ne serait donc pas seulement une catastrophe environnementale : elle pourrait fragiliser des moyens de subsistance déjà vulnérables. Voilà pourquoi le débat sur le pétrole ne peut être réduit à une confrontation entre investisseurs et défenseurs de l’environnement. Il concerne aussi ceux qui vivent du lac et qui devront supporter les conséquences des décisions prises en leur nom.

La campagne de la CDC/RN et de FORED pose ainsi une question qui dérange : peut-on appeler développement une activité qui ferait peser de nouveaux risques sur les communautés et les écosystèmes dont dépend leur survie ? La réponse ne peut être décrétée depuis Kinshasa, Bunia ou ailleurs. Elle exige transparence, information des populations, participation réelle des communautés et examen rigoureux des impacts environnementaux et sociaux.

À l’occasion de la Semaine nationale de l’environnement, le message venu des marchés de Bunia mérite donc d’être entendu. Derrière le slogan Notre terre sans pétrole, il y a une exigence : ne pas sacrifier le lac Albert sur l’autel de la rentabilité immédiate. Car lorsqu’un écosystème disparaît, aucun baril de pétrole ne suffit à le faire renaître.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

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