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Sur le lac Albert, les pêcheurs artisanaux ne redoutent plus seulement les eaux et les intempéries. Ils doivent désormais composer avec les menaces, les extorsions et les contrôles illégaux dénoncés par la FECOPELA.
Le lac Albert nourrit des familles, fait vivre des communautés et constitue une réserve halieutique majeure. Mais pour ceux qui y gagnent leur pain, la pêche ressemble de plus en plus à une traversée sous haute tension. Selon la FECOPELA, des pêcheurs seraient victimes d’extorsions, de pillages de poissons, d’intimidations et de saisies de leurs matériels, notamment dans plusieurs zones de Djugu et d’Irumu. Une situation qui transforme une activité de subsistance en épreuve quotidienne.
Plus préoccupant encore : la Fédération affirme que des miliciens de la FRPI circulent armés sur le lac et y exerceraient un contrôle de fait dans certaines zones de pêche. Si ces faits sont établis, une question s’impose aux autorités : comment un espace relevant de la souveraineté de l’État peut-il devenir un territoire où des hommes armés imposent leurs propres règles ? Le silence ou l’inaction face à une telle situation ne ferait qu’aggraver la vulnérabilité des pêcheurs.
À cette insécurité s’ajoute une autre menace, plus silencieuse mais tout aussi lourde : la pression exercée sur les réserves de pêche et les zones de frayère, notamment à Semliki et Kapuru. Ces espaces sont les nurseries du lac Albert. Les dégrader, les occuper ou y pratiquer des activités interdites, c’est hypothéquer la reproduction des poissons et, demain, les revenus des communautés riveraines. Protéger le lac ne peut donc pas signifier seulement protéger ses eaux : il faut aussi protéger ceux qui en dépendent et les écosystèmes qui les font vivre.
Le message de la FECOPELA est limpide : la sécurité du lac ne peut être privatisée par les armes, pas plus que la réglementation de la pêche ne peut être abandonnée aux rapports de force. Aux autorités provinciales et nationales revient désormais la responsabilité de rétablir un cadre où le pêcheur peut sortir sur le lac sans craindre l’extorsion, où les services compétents peuvent exercer légalement leur mission et où les réserves halieutiques sont effectivement protégées. Le lac Albert n’a pas besoin de nouvelles frontières de peur. Il a besoin de l’État de droit.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan
Lac Albert : quand les pêcheurs travaillent sous la menace