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Ruzizi 1 : quand nos déchets menacent aussi notre lumière

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

À Bukavu, les pluies du 15 septembre ont transformé les caniveaux en autoroutes à déchets. Au bout du voyage : la Ruzizi, la centrale hydroélectrique et, avec elles, notre fragile approvisionnement en électricité.

La pluie n’a rien inventé. Elle n’a fait que révéler ce que nos rues dissimulent : des caniveaux transformés en dépotoirs, des sachets plastiques abandonnés au hasard et des ordures que les eaux finissent toujours par emporter. À Bukavu, le déchet jeté dans la rue ne disparaît jamais. Il change simplement de destination.

Le spectacle est d’autant plus préoccupant que ces déchets ont atteint la rivière Ruzizi et obstrué la prise d’eau de la centrale Ruzizi 1. Les turbines en subissent les conséquences et la production électrique peut s’en trouver perturbée. Voilà comment un geste apparemment insignifiant peut, en quelques heures, devenir un problème collectif.

Il faut cesser de traiter la gestion des déchets comme une affaire secondaire. Un sachet jeté dans un caniveau peut devenir une menace pour une infrastructure stratégique. La pollution plastique ne salit donc pas seulement nos quartiers : elle s’invite dans nos rivières, fragilise nos équipements et finit par coûter cher à toute la communauté.

La SNEL Sud-Kivu appelle à la responsabilité. L’appel est légitime, mais la responsabilité ne peut reposer uniquement sur le citoyen au moment où les déchets atteignent la centrale. Elle doit aussi interroger la collecte, le curage des caniveaux, l’aménagement urbain, la sensibilisation et le contrôle. Une ville qui laisse ses déchets entrer dans ses cours d’eau organise, malgré elle, sa propre vulnérabilité.

Bukavu ne peut pas continuer à jeter aujourd’hui ce qu’elle devra payer demain. Protéger Ruzizi 1 commence bien avant la centrale : dans nos maisons, nos marchés, nos rues et nos caniveaux. Le changement ne demande pas toujours de grands discours. Il commence par un geste banal, presque dérisoire : ne plus jeter son déchet là où la pluie pourra l’emporter.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

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