Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.
Entre promesses de dialogue, réorganisation des institutions et discours de libération, une urgence demeure étrangement silencieuse : celle d’un peuple qui doit vivre, travailler et préparer l’avenir.
À Goma comme à Bukavu, les murs ne sont pas les seuls à trembler. Les certitudes aussi s’effritent. Deux récits politiques s’affrontent, chacun prétendant incarner l’avenir, pendant que les familles, elles, comptent les jours et les derniers billets. Entre ceux qui parlent depuis les bureaux du pouvoir et ceux qui promettent de libérer le peuple, la grande absente reste la même : la question sociale. Comme si gouverner consistait d’abord à conquérir les institutions, avant de se demander comment vivent ceux qui les font fonctionner.
Dans les écoles et les universités, l’inquiétude a déjà pris place sur les bancs. La rentrée scolaire et académique 2026-2027 approche, mais de nombreux enseignants se demandent avec quels moyens ils pourront reprendre le chemin des classes. Des salaires restent bloqués pendant des mois dans certaines institutions bancaires, transformant le travail en une étrange forme de bénévolat forcé. On demande aux enseignants de préparer l’avenir des enfants alors que leur propre présent demeure suspendu à un salaire qui n’arrive pas.
Pendant ce temps, le théâtre politique poursuit sa représentation. Ici, on prépare un dialogue censé dessiner les contours de demain ; là, on s’affaire aux nominations et à la réorganisation des institutions universitaires. Les agendas sont pleins, les communiqués se multiplient, les fauteuils changent parfois de titulaire. Mais où se trouve l’agenda de l’enseignant qui n’a pas été payé ? Celui du parent qui ne sait pas comment financer la rentrée ? Celui de l’étudiant qui voit son année académique menacée par l’incertitude ? La politique semble avoir découvert le futur, mais oublié de regarder le présent.
Il y a dans cette situation une ironie presque cruelle : on parle de libération pendant que des travailleurs attendent leur salaire ; on parle de dialogue pendant que ceux qui portent quotidiennement l’école et l’université cherchent simplement les moyens de tenir debout. On discute de pouvoir, de légitimité et de représentativité, tandis que le citoyen, lui, ne demande pas forcément un fauteuil autour de la table : il demande de quoi nourrir sa famille, payer ses frais scolaires et reprendre dignement son travail.
Goma et Bukavu n’ont pourtant pas besoin d’un nouveau spectacle politique. Elles ont besoin d’un rendez-vous avec le réel. Le véritable dialogue devrait commencer par la question sociale : salaires, éducation, emploi, sécurité économique et dignité des travailleurs. Car une société ne se libère pas seulement en changeant ceux qui occupent les institutions ; elle se libère lorsque l’enseignant peut enseigner, lorsque l’étudiant peut étudier et lorsque le parent peut préparer la rentrée sans transformer son désespoir en calculatrice. À force de parler au nom du peuple, il serait peut-être temps, enfin, de l’écouter.
La Rédaction
Goma-Bukavu : quand la politique parle, le peuple attend