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Bukavu brûle : quand les incendies deviennent une menace écologique

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

À Bukavu, les incendies à répétition ne consument pas seulement des maisons. Ils empoisonnent l’air, souillent les eaux et fragilisent un environnement urbain déjà sous pression.

Bukavu brûle, encore et encore. Des maisons réduites en cendres, des familles jetées dans la rue, des biens partis en fumée : derrière chaque incendie se cache un drame humain. Mais une autre catastrophe, plus silencieuse, s’installe dans les décombres. La combustion des plastiques, pneus, mousses, peintures, appareils électriques et autres matériaux libère des fumées et des substances toxiques qui dégradent la qualité de l’air. Dans une ville densément peuplée, ces fumées ne connaissent ni parcelle ni frontière : elles s’infiltrent dans les maisons, atteignent les écoles, les marchés et les quartiers voisins.

Et lorsque la pluie arrive, le feu change simplement de chemin. Les cendres, les résidus de matériaux brûlés et les déchets carbonisés peuvent être entraînés vers les caniveaux, les rivières et le lac Kivu. L’incendie devient alors une source indirecte de pollution des eaux. À Bukavu, où les problèmes d’assainissement, l’obstruction des caniveaux et l’accumulation des déchets constituent déjà des défis majeurs, chaque feu de grande ampleur ajoute une nouvelle couche de contamination. Ce qui brûle aujourd’hui dans une parcelle peut demain se retrouver dans l’eau que les communautés utilisent.

Il faut donc cesser de considérer ces incendies comme de simples faits divers. Ils doivent être traités comme une question de sécurité urbaine, de santé publique et de protection de l’environnement. La réponse durable passe par la prévention : contrôle des installations électriques, respect des normes de construction, accès aux extincteurs et aux points d’eau, entretien régulier des voies d’accès pour les véhicules de secours, sensibilisation des ménages et des commerçants, mais aussi gestion rigoureuse des déchets inflammables. Les autorités municipales, les services de protection civile, les entreprises, les organisations environnementales et les communautés doivent travailler autour d’un véritable plan communal de prévention et de réponse aux incendies.

Mais prévenir ne suffit plus : il faut aussi restaurer. Après chaque incendie, un diagnostic environnemental devrait identifier les déchets dangereux, les sols contaminés et les risques pour les eaux de ruissellement. Les matériaux récupérables doivent être triés et recyclés, tandis que les déchets dangereux doivent être éliminés dans des conditions appropriées. Des campagnes de reboisement et de végétalisation des espaces dégradés peuvent également contribuer à reconstruire progressivement le tissu écologique urbain. Surtout, Bukavu a besoin d’une stratégie durable de gestion des déchets, car une ville qui laisse ses déchets s’accumuler prépare parfois elle-même le combustible du prochain incendie.

Bukavu ne peut pas continuer à compter ses maisons brûlées après chaque nuit d’angoisse. Chaque incendie doit désormais déclencher une question : qu’avons-nous appris et qu’allons-nous changer ? La fumée qui monte au-dessus des quartiers n’est pas seulement le symbole d’une maison perdue ; elle est aussi un avertissement adressé aux décideurs. Attendre la prochaine flamme pour réagir, c’est accepter que la catastrophe devienne une routine. Il est temps de passer d’une culture de l’intervention à une culture de la prévention : protéger les habitants, sécuriser les quartiers, assainir les caniveaux, contrôler les risques électriques, mieux gérer les déchets et protéger les eaux. À Bukavu, sauver l’environnement commence aussi par empêcher la prochaine maison de brûler.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

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