Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique
Face à l’urgence écologique dans les Grands Lacs, les communautés religieuses ne peuvent plus se contenter de prêcher la protection de la création : elles doivent aussi la pratiquer, la défendre et la restaurer.
Dans la région des Grands Lacs africains, les forêts reculent, les déchets plastiques envahissent les rues et les cours d’eau, tandis que les lacs et les rivières portent les cicatrices d’une croissance urbaine mal maîtrisée. À cette crise environnementale s’ajoutent les effets du changement climatique, qui fragilisent davantage les communautés déjà confrontées à l’insécurité, à la pauvreté et aux déplacements. Dans ce paysage tourmenté, les Églises et les communautés religieuses disposent pourtant d’une force considérable : leur implantation au cœur des quartiers, des villages et des familles. Pourquoi ne pas transformer cette présence en une formidable force écologique ?
Une Église, une forêt, Une paroisse, mille arbres : ces slogans ne devraient pas rester de belles formules affichées sur les murs des temples. Ils pourraient devenir des programmes communautaires mesurables : identification de terrains, pépinières paroissiales, plantation d’arbres indigènes, entretien et suivi des plants pendant plusieurs années. Chaque communauté religieuse pourrait disposer d’un petit espace consacré à la restauration des écosystèmes. Les fidèles, les jeunes, les femmes et les enfants deviendraient alors non seulement des croyants, mais aussi des gardiens de la terre. Car planter un arbre aujourd’hui, c’est accepter de penser à ceux qui respireront demain.
La bataille ne se limite toutefois pas aux forêts. Elle se joue aussi dans les caniveaux, les marchés, les écoles, les rivières et sur les rives des lacs. Une Église qui organise une journée mensuelle de nettoyage, installe des dispositifs de collecte des déchets, réduit l’usage du plastique lors de ses rassemblements et sensibilise ses fidèles accomplit un acte religieux autant que citoyen. Les lacs Kivu, Tanganyika, Édouard et les innombrables rivières qui traversent la sous-région ne peuvent continuer à recevoir nos bouteilles, sachets et autres déchets comme si leurs eaux étaient des poubelles sans fond.
Il faut désormais passer du sermon à l’action, de la prière à la responsabilité collective. Les responsables religieux de la RDC, du Rwanda, du Burundi et de l’Ouganda peuvent créer des réseaux œcuméniques et interreligieux consacrés à la protection de la création, avec des objectifs annuels simples : nombre d’arbres plantés et survivants, kilogrammes de déchets collectés et recyclés, cours d’eau nettoyés, écoles sensibilisées, communautés engagées. Les gouvernements locaux, les organisations environnementales, les établissements scolaires, les entreprises et les médias devraient être associés à cette dynamique. L’enjeu n’est pas de savoir quelle confession plantera le plus d’arbres, mais de construire une culture commune de responsabilité environnementale.
La sous-région des Grands Lacs a suffisamment de discours sur la paix, le développement et la résilience. Elle a maintenant besoin d’une écologie vécue au quotidien. Aux Églises, mosquées, communautés religieuses, associations de jeunes et responsables locaux revient une responsabilité particulière : faire de chaque lieu de culte un foyer d’éducation environnementale et de chaque communauté un laboratoire de solutions concrètes. La foi peut donner du sens à l’action ; mais c’est l’action qui donnera demain un avenir à la création. Dans les Grands Lacs, il ne suffit plus de demander à Dieu de protéger la nature : il faut aussi que les hommes et les femmes qui la peuplent se lèvent pour la protéger.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan