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À 23 h 43, dans la nuit, des flammes ont de nouveau embrasé des maisons vers Hebron-Nguba, dans la commune d’Ibanda. À Bukavu, l’incendie n’est plus un accident isolé : il devient une inquiétante habitude, avec son cortège de familles sinistrées, de biens réduits en cendres et de vies bouleversées.
À Bukavu, la nuit ne protège plus du feu. Pendant que la ville dort, les flammes gagnent des habitations, dévorent des souvenirs et transforment en quelques minutes le fruit de plusieurs années de labeur en un tas de tôles et de cendres. Hebron-Nguba vient, une fois encore, rappeler une réalité devenue insupportable : les incendies se répètent, mais les réponses, elles, tardent à changer d’échelle. Chaque nouveau sinistre provoque l’émotion, la solidarité spontanée et quelques appels à l’aide. Puis le silence revient, jusqu’au prochain brasier.
Le véritable scandale n’est donc plus seulement l’incendie lui-même, mais l’absence d’une stratégie suffisamment robuste pour prévenir ces catastrophes et y répondre rapidement. Réseaux électriques défaillants, installations domestiques à risque, densité urbaine, accès difficile de certains quartiers, insuffisance des moyens d’intervention : les causes doivent être documentées, quartier par quartier, plutôt que remplacées par des spéculations. Les autorités municipales et provinciales doivent disposer d’une cartographie des zones à risque, renforcer les équipements anti-incendie, multiplier les points d’eau accessibles aux services de secours et organiser régulièrement des exercices de prévention dans les quartiers et les écoles.
Mais une ville ne se protège pas uniquement avec des camions de pompiers. Bukavu a besoin d’une véritable politique de prévention : contrôle des installations électriques, sensibilisation des ménages, brigades communautaires formées aux premiers gestes, numéros d’urgence fonctionnels, voies d’accès préservées pour les secours et mécanismes rapides d’assistance aux sinistrés. Les opérateurs d’électricité, les autorités locales, les chefs de quartiers, les organisations citoyennes et les habitants doivent être associés à cette bataille. Car lorsque le feu devient récurrent, attendre le prochain incendie pour agir n’est plus une réponse : c’est laisser la catastrophe s’installer dans le quotidien. Bukavu ne doit pas devenir une ville où l’on apprend à vivre avec les cendres.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan
Bukavu brûle : jusqu’à quand faudra-t-il compter les cendres ?