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Goma, laboratoire d’une société en résilience : pourquoi la ville a besoin de son propre observatoire social et urbain

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

ÉDITORIAL | JUSTICE CLIMATIQUE

Au pied du Nyiragongo, Goma ne se raconte pas uniquement à travers ses crises. Elle se construit aussi dans les imaginaires de ses habitants, leurs stratégies de survie, leurs initiatives économiques, leurs solidarités et leur capacité à affronter les bouleversements climatiques. C’est dans cette réalité complexe que s’inscrit le Goma Institute of Society (GIS), un centre indépendant qui entend faire de la recherche un instrument de compréhension, de citoyenneté et de transformation sociale.

Goma n’est pas seulement une ville à administrer, c’est une société à comprendre. Derrière les chiffres de la démographie, les embouteillages, l’urbanisation parfois anarchique, les quartiers précaires et les urgences humanitaires se cache une réalité beaucoup plus profonde : celle d’une population qui invente quotidiennement ses propres mécanismes de résistance. Les imaginaires collectifs des Gomaïens, leurs perceptions de la ville, leurs rapports à l’autorité, à l’espace public, à l’environnement et à l’avenir constituent un patrimoine social encore insuffisamment documenté. Comprendre Goma exige donc de dépasser les discours institutionnels et les diagnostics superficiels pour écouter ceux qui vivent, subissent, transforment et réinventent la ville.

C’est précisément dans cette perspective que le Goma Institute of Society (GIS) entend inscrire son action. À la croisée des études urbaines et des études sociales, cet institut indépendant ambitionne de faire de Goma un véritable terrain de production scientifique et de réflexion citoyenne. Ses activités ne devraient pas se limiter à observer la ville depuis les bureaux ou à multiplier les publications théoriques. Elles reposent sur une démarche de recherche de terrain : documenter les transformations des quartiers, analyser les mobilités et les inégalités, étudier les pratiques économiques informelles, comprendre les représentations sociales, interroger les rapports entre citoyens et gouvernance locale, mais aussi examiner les interactions entre urbanisation, risques naturels, changement climatique et dégradation environnementale. Autrement dit, produire une connaissance ancrée dans les réalités quotidiennes.

Car la résilience de Goma mérite mieux que les slogans. Elle ne se mesure pas uniquement à la capacité des habitants à se relever après une catastrophe, un déplacement ou une crise sécuritaire. Elle se manifeste également dans les petits commerces qui maintiennent les ménages à flot, les solidarités de voisinage, les initiatives des jeunes, les stratégies des femmes entrepreneures, les adaptations des agriculteurs, les mécanismes communautaires d’entraide et les réponses locales aux perturbations climatiques. Mais cette résilience socio-économique et climatique a ses limites : elle ne saurait devenir un prétexte pour décharger les pouvoirs publics de leurs responsabilités. Le GIS a donc un rôle essentiel à jouer : rendre visibles ces capacités d’adaptation, en identifier les fragilités, comprendre les inégalités qui les traversent et documenter les aspirations d’une population qui refuse de réduire son avenir à la gestion permanente des urgences.

L’ambition doit désormais dépasser le cadre académique. À travers les enquêtes, les études, les publications scientifiques et les analyses accessibles au grand public, le GIS doit contribuer à faire émerger un débat urbain fondé sur des faits, plutôt que sur les rumeurs, les perceptions isolées ou les intérêts politiques du moment. Il lui appartient également de créer des espaces de dialogue entre chercheurs, autorités locales, organisations citoyennes, entrepreneurs, jeunes, femmes et communautés de quartiers. De la gouvernance foncière à l’accès aux services de base, de la gestion des déchets à l’adaptation climatique, de l’économie informelle à la citoyenneté urbaine, les questions ne manquent pas. L’enjeu est de transformer les connaissances produites en propositions concrètes et en outils d’aide à la décision.

Goma mérite d’être étudiée autrement que dans l’urgence, racontée autrement que par ses malheurs et pensée autrement que par ses vulnérabilités. Le Goma Institute of Society porte ainsi une ambition qui engage bien davantage qu’un simple centre de recherche : contribuer à construire la mémoire sociale de la ville, interroger ses contradictions, révéler ses forces silencieuses et donner une place scientifique aux voix de ses habitants. Car une ville qui ne documente pas ses propres transformations risque de laisser d’autres raconter son histoire à sa place. Et une société dont les réalités ne sont pas suffisamment étudiées peine à peser sur les décisions qui déterminent son avenir. À Goma, la recherche ne doit pas être un luxe universitaire : elle doit devenir un levier de citoyenneté, de justice sociale et de résilience collective.

Goma Institute of Society (GIS) — Comprendre la société pour transformer la ville.

Études urbaines | Études sociales | Gouvernance | Environnement | Résilience communautaire

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

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