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Afrique/RDC: Incidence de la chute de population d’abeilles et autres insectes pollinisateurs sur la vie socio-économique des citoyens.

Le monde est menacé par la diminution des populations d’abeilles et autres insectes qui assurent la fécondation des plantes à fleurs.
Qu’ils soient abeilles, bourdons, fourmis, papillons ou mouches, les insectes pollinisateurs assurent le transport du pollen de 80 % des plantes à fleurs, affirme Bazile, un apiculteur du Nord-Kivu

C’est ainsi qu’elles sont fécondées et qu’elles se reproduisent. Les graines et les fruits résultent de la fécondation et assurent l’alimentation de nombreux animaux, y compris les humains.

Or, ces insectes pollinisateurs sont victimes de la réduction de leur habitat, du changement climatique, de la pollution.
Bien qu’à l’heure actuelle, il n’existe aucune donnée précise permettant de tirer des conclusions formelles sur la situation des pollinisateurs au niveau mondial en termes de quantité et de diversité, les populations d’abeilles domestiques sont inégalement réparties entre les régions agricoles : elles sont en augmentation dans certains pays producteurs de miel et autres produits de la ruche, mais en baisse dans d’autres pays, notamment dans les régions de forte production agricole.

La demande en pollinisateurs (tant au niveau local que régional) augmente plus vite que la disponibilité.
Nous pourrions donc faire face à une pollinisation insuffisante dans un futur proche voire très proche, les cultures fortement dépendantes de la pollinisation se développent à un rythme plus élevé que les réserves mondiales d’abeilles domestiques, tandis que la quantité et la diversité des pollinisateurs sauvages sont également limitée.

Il semble aujourd’hui unanimement reconnu que le déclin des populations d’abeilles et leur état de santé (syndrome d’effondrement des colonies et autres phénomènes) soit le résultat de causes multiples, à la fois connues et non identifiées, agissant séparément ou en combinaison, comme l’avait si bien dit Williams et al en 2010.

D’une manière générale, la diminution du nombre d’abeilles dans le territoire insulaire d’idjwi découle de trois grands facteurs de stress, notamment :

Maladies : les abeilles sont sujettes à des maladies et des parasites qui leur sont propres, entraînant leur affaiblissement et souvent leur mort.
La plupart de ces maladies et parasites sont invasifs et les abeilles indigènes sont incapables de les combattre par un processus d’adaptation naturelle ou par le développement d’une résilience.
Les abeilles malades ou infestées de parasites sont en outre, plus vulnérables à d’autres facteurs, tels qu’une mauvaise alimentation ou l’exposition à des produits chimiques ou toxiques.

Famine : les abeilles se nourrissent sur les fleurs ; elles ont donc besoin d’une quantité de fleurs stable à la fois dans l’espace et le temps. Si les apiculteurs complètent l’alimentation de leurs abeilles domestiques, elles n’en ont pas moins besoin de fleurs autour de leur ruche pour butiner le pollen, leur principale nourriture et source de protéines.

Lorsqu’il n’y a pas assez de fleurs écloses pendant la saison des abeilles, comme dans les monocultures qui ne produisent qu’un seul type de fleurs sur une période limitée, les abeilles ne sont pas en mesure de se nourrir, ni d’alimenter leur progéniture.

Un grand nombre de facteurs, essentiellement liés aux pratiques de l’agriculture industrielle, peuvent provoquer la famine chez ces insectes. C’est notamment le cas des herbicides, qui réduisent la diversité de la flore sauvage au sein et autour des exploitations, et de l’expansion de l’agriculture, qui empiète sur les bordures des champs et les haies, garantes de la diversité végétale autour des exploitations.

En outre, pour Bazile, il est possible que les changements climatiques soient à l’origine du bouleversement des floraisons, d’un déplacement de certaines plantes représentant une source de nourriture importante pour les abeilles dans une région donnée, ou d’un glissement des saisons qui décale le moment de la floraison de sorte qu’elle ne coïncide plus avec le retour des abeilles au printemps, affirme Kremen et al, 2007 ; Cameron et al, 2011.

Intoxication : Un grand nombre de fleurs et de sites de nidification ainsi que l’environnement des abeilles, y compris la poussière soulevée par les travaux agricoles, sont souvent contaminés par des produits chimiques, essentiellement des pesticides.

Par le biais du pollen, du nectar, mais aussi de l’air, de l’eau et du sol, les abeilles sont exposées aux insecticides, herbicides et fongicides appliqués sur les cultures.
Ces pesticides, de manière individuelle ou combinée, peuvent se révéler extrêmement toxiques à court terme ou, à petites doses, avoir des effets chroniques qui affaiblissent les abeilles et finissent par les tuer.

L’agriculture industrielle et Élevage

L’agriculture ou terres cultivées et pâturages compris occupe environ 35% de la surface terrestre. C’est aussi l’un des plus grands écosystèmes de la planète, rivalisant en superficie avec les forêts.

Notons que sur le plan mondial, l’agriculture a connu une industrialisation rapide au cours de ce siècle.
L’utilisation accrue d’engrais et de produits chimiques toxiques, le recours à la monoculture et l’expansion de l’agriculture sur de nouvelles terres sont autant de facteurs qui aggravent considérablement les dégâts causés par ce secteur à l’environnement.

Les populations de pollinisateurs, domestiques ou sauvages, ne peuvent échapper aux impacts nombreux et massifs de l’agriculture industrielle : elles souffrent, d’une part, de la destruction des habitats naturels causée par l’agriculture et, d’autre part, des pratiques agricoles intensives, leurs aires de répartition naturelle se chevauchant inévitablement avec les espaces consacrés à l’agriculture industrielle.

Si l’agriculture industrielle affecte les abeilles et d’autres pollinisateurs par bien d’aspects, le plus grave est l’intensification de l’agriculture qui accélère la destruction et la fragmentation d’habitats naturels et semi-naturels précieux, tels que les systèmes agro-forestiers, les prairies, les champs à l’abandon, les zones arbustives, les forêts et les haies.

Elle constituerait la principale cause du déclin des populations de pollinisateurs, même si les effets sont moindres chez les abeilles domestiques.

Au regard de ces facteurs entraînant la disparition ou chute de pollinisateurs, notamment les abeilles, les conséquences sont multiples spécifiquement chez l’abeille qui est la principale insecte pollinisateur, et ce rôle a été renforcé par son introduction dans de nombreux écosystèmes, et ceci au détriment des autres insectes pollinisateurs qu’elle a supplanté.

De ce fait, il serait légitime de penser que sa disparition permettrait le retour d’autres pollinisateurs et qu’une balance permettrait de limiter l’impact de cette disparition.

Malheureusement, la disparition des abeilles est également corrélée avec la disparition des autres insectes, les raisons de déclin n’étant pas forcément discriminatoires entre les différentes espèces.

Ainsi, l’extinction des abeilles dans le territoire insulaire d’idjwi, peut être assimilée à la disparition de la majorité des insectes pollinisateurs et c’est là que se pose le réel problème; la pollinisation étant le mode de reproduction d’une grande partie du monde végétal, la base de la majorité des écosystèmes.

Les conséquences de ce phénomène sont donc avant tout écologiques, ce qui est difficilement quantifiable avant d’atteindre un point critique qui semble sur le point d’être franchi, d’une part, d’autre part ces conséquences sont également écologiques, le marché de la pollinisation étant estimé à près de 155 milliards de dollars par an.

De ces conséquences, nous énumérons ce qui suit

Les conséquences écologiques

Les conséquences écologiques de la disparition des abeilles ne sont pas réellement prévisibles.
En effet, environ 250.000 espèces de plantes à fleurs sont pollinisées par 200.000 espèces d’animaux parmi lesquels les hyménoptères abeilles, bourdons et guêpes les diptères notamment les mouches syrphes et les lépidoptères papillons représentent la grande majorité.
En milieu tropical, les chauves souris et les oiseaux jouent également un rôle important dans la pollinisation.
A contrario le vent et l’auto-pollinisation n’interviennent que dans 15 à 30% des pollinisations, et le rendement est inférieur de plus de 10% à la pollinisation entomophile.

Les plantes à fleurs dépendant majoritairement de la pollinisation par les insectes sont donc très nombreuses et très variées, que ce soit de petites plantes telles les rosiers, les orchidacées, les pissenlits et bien d’autre encore, mais également un grand nombre d’arbustes, telsque des d’arbres, notamment les pommiers, les citronniers, les pruniers.
La disparition de toutes ces essences aurait de nombreuses conséquences qui ne sont pas forcement envisagées aux premiers abords : certaines plantes ont ainsi un rôle essentiel dans la stabilité des berges et leur disparition pourrait causer la modification des tracés de certains cours d’eau avec les conséquences qui y sont associées.

De même, certains arbres sont utilisés préférentiellement par certains animaux pour se nourrir ou se cacher, et leur disparition entrainerait le déclin de l’espèce en question, remettant en question toute la chaine alimentaire dont elle est le maillon.

Les conséquences se feraient également ressentir pour les espèces végétales dont la pollinisation ne dépend pas des abeilles.
En effet, si une partie des plantes disparaissait, leurs consommateurs traditionnels seraient bien obligés de se rabattre ou migrer sur les autres essences jusqu’alors épargnées, augmentant la pression de prélèvement de ces plantes.

Ce phénomène pourrait être compensé par une expansion des plantes sur l’espace libéré par les disparues, mais cela supposerait que la pression de prélèvement soit suffisamment faible pour permettre aux plantes survivantes de se développer et de se reproduire, ce qui n’est pas forcement le cas, d’autant plus que les espèces à cycle court seront les premières à coloniser l’espace, créant ainsi de forts déséquilibres.

L’abeille est donc considérée comme une espèce clef de voute, c’est à dire qu’elle est nécéssaire à une majorité d’espèces de son environnement direct.

Ainsi, Robert Paine, en 1963 a observé dans un écosystème simple une quinzaine d’espèces que la suppression d’une telle espèce entrainait à court terme la disparition de 8 espèces sur les 15.
Et ceci ne concerne que l’environnement direct, les conséquences pouvant être bien plus distantes.

A partir de cette expérimentation de ce chercheur, nous voyons que même s’il est impossible de prédire qu’elles seraient les conséquences sur l’environnement, si les abeilles venaient à disparaître, tous les écosystèmes seraient modifiés, et ceci de façon profonde et irrémédiable.

Au cour de cette étude, nous avons constaté que beaucoup de ces rechercheures que la question de la disparition des pollinisateurs, estimaient les conséquences uniquement du point de vue agronomique ou de la nutrition humaine, estimant que la base de notre alimentation étant constituée de céréales et de féculents tels, le riz ou les pommes de terre dont la reproduction ne dépend pas de la pollinisation entomophile, leur disparition ne mettrait pas en péril la survie de l’homme.

Or, ce raisonnement ne tient absolument pas compte des répercussions indirectes sur les écosystèmes dont dépend l’homme, ni de la façon dont l’on devrait trouver le manque nutritionnel provoqué par la disparition des plantes à fleurs, et ce manque de recul est relativement préjudiciable à l’évaluation correcte du problème entraîné par phénomène.

Les conséquences économiques.

Sur le plan économique, de la disparition des abeilles seraient doubles : dans un premier temps la filière apicole mondiale serait saccagée, mettant des millions de personnes au chômage, mais, et c’est là le plus important, les cultures dépendantes de la pollinisation seraient condamnées.

Certaines estimations, évaluent les risques dus aux changements climatiques et à la modification des écosystèmes et de la biodiversité, estiment la valeur de la pollinisation effectuée par les abeilles à 155 milliards d’euros annuels, soit environ 9,5% de la valeur de la production agricole mondiale.

Les cultures qui dépendent de la pollinisation entomophile représentent 35% du tonnage de la production de nourriture mondiale contre 60% provenant de cultures qui n’en dépendent pas notamment les céréales, les 5% restant étant des espèce pour lesquelles l’impact des pollinisateurs n’est pas encore connu.

Ces analyses montrent également que les cultures les plus dépendantes de la pollinisation par les insectes sont également les cultures dont la valeur économique est la plus importante.
Les effets de la disparition brusque des polinisateurs sont beaucoup plus ressentis dans pays industrialisés, beaucoup plus notamment par exemple comme :
En Chine, dans la province du Sichuan les abeilles ont totalement disparu depuis une vingtaine d’année suite à une utilisation abusive de pesticides, entrainant la disparition de toutes les plantes dont la reproduction était dépendante des insectes, saccageant ainsi l’économie agricole de la région.

Un reportage du National Geographic143 montre ainsi, comment les hommes se substituent aux insectes, et pratiquent eux-même la pollinisation des arbres fruitiers.

Les manipulations sont simples mais fastidieuses et se déroulent en plusieurs parties, notamment l’extraction manuelle du pollen des anthères à l’aide de petite brosse, Séchage du pollen pendant 24 h, fécondation manuelle de chaque plante à l’aide d’un petit plumeau chargé de pollen.

Cette méthode, même si elle fonctionne en partie, nécessite une main d’œuvre importante pour des résultats relativement faibles comparativement aux résultats de la pollinisation entomophile.

Et d’ajouter, une ruche moyenne seule va polliniser jusqu’à 3 millions de fleurs par jour tandis qu’un homme n’arrivera à polliniser qu’une trentaine d’arbres. Le temps de floraison des arbres impose donc le recours à un grand nombre de personnes sur un laps de temps relativement court, ce qui implique des dépenses importantes, qui vont ensuite se répercuter sur le prix de vente des produits.

Cette augmentation de prix va avoir également pour conséquence de limiter l’accès de certains aliments, et notamment les fruits et certains légumes aux populations les plus démunies posant un souci de santé publique.

Les premières conséquences visibles et quantifiables, notamment aux ÉtatsUnis, ou environ 80% des ruches sont destinées à la pollinisation et non pas à la production de produits de la ruche, ce qui représente un secteur d’activité évalué à 14 milliards de dollars par an (sachant que la même pollinisation effectuée selon la méthode appliquée au Sichuan couterait plus de 90 milliards de dollars uniquement en main d’œuvre pour un résultat moindre en quantité, qualité et brassage génétique).

En suite aux pertes enregistrées entre 2005 et 2007 le prix de la location d’une ruche destinée à la pollinisation a plus que doublé, entrainant un surcout considérable lorsque l’on sait que certaines cultures nécessitent 1,5 millions de ruches par saison.

En France le chiffre d’affaire de l’apiculture est de 117 millions d’euros annuels, tandis que le bénéfice de la pollinisation est estimé à plus de trois milliards d’euros145.

Pour FAO, la valeur de la pollinisation est entre 30 et 50 fois la valeur des produits de la ruches non transformés. Selon cette estimation le chiffre d’affaire de la filière apicole non destinée à la pollinisation se situerait dans une fourchette comprise entre 3 et 5 milliards d’euros bannuels.

Ces valeurs sont relativement peu élevées par rapport aux chiffres précédemment évoqués, mais cela reste conséquent, notamment au niveau local où les pertes d’emploi chez les apiculteurs et les professionnels des produits dérivés du miel seront les premières visibles, le nombre d’apiculteurs amateurs ayant déjà diminué fortement ces dix dernières années.

C’est d’ailleurs ce seul point qui est généralement mis en avant à l’heure actuelle lorsque l’on parle de la conséquence de la disparition des abeilles, les pouvoirs publics, notamment européens, n’ayant pas conscience de l’ampleur du problème et des conséquences qu’il peut entrainer sur les emplois des branches dépendant de la pollinisation entomophile.

Toutes ces données ne concernent que les domaines que l’on peut évaluer économiquement, car ils dépendent directement des abeilles et le coût majeur à long terme d’une disparition des abeilles sera les conséquences qui en découleront.

Cependant, même si personne ne peut évaluer les conséquences écologiques, tous les scientifiques s’accordent à dire qu’elles seraient énormes, notamment au niveau de la perte de la biodiversité et des changements que cela entrainerait.

De même la raréfaction, voire la disparition, de la majeure partie des fruits et légumes aurait certainement un cout social énorme dans de nombreux pays, creusant davantage le sentiment d’inégalité et d’injustice qui existe déjà et qui est responsable de perturbations sociales fortes et couteuses.

Les pollinisateurs notamment les abeilles figurent rarement au programme des décideurs malgré la nécessité d’une politique environnementale qui reconnaît le rôle silencieux mais fondamental que joue la pollinisation dans la sécurité alimentaire et la conservation de la biodiversité.

Nous reconnaissons qu’il est improbable qu’un gouvernement mette en place un département de haut niveau pour se consacrer à la pollinisation.
Il faut plutôt intégrer les problèmes de la pollinisation dans les secteurs appropriés.

Pour ce faire, nous proposons plusieurs stratégies aux dirigeants politiques de :

Interdire l’utilisation des pesticides nocifs pour les abeilles, en commençant par les substances les plus dangereuses actuellement autorisées en Europe, c’est-à-dire les sept pesticides identifiés par Greenpeace : l’imidaclopride, le thiaméthoxame, la clothianidine, le fipronil, le chlorpyriphos, la cyperméthrine et la deltaméthrine.

Soutenir et promouvoir les pratiques agricoles qui favorisent les services de pollinisation au sein des systèmes agricoles, en mettant en place des programmes d’action à l’échelle nationale par exemple : établissement de surfaces d’intérêt écologiques dans les exploitations, adoption de systèmes de rotation des cultures et de méthodes agricoles biologiques

Améliorer la conservation des habitats naturels et semi-naturels au sein et autour des paysages agricoles, et renforcer la biodiversité sur les exploitations.

Augmenter les crédits en faveur de la recherche, du développement et de l’application de pratiques agricoles écologiques pour que nous abandonnions les méthodes chimiques de contrôle des parasites au profit de pratiques basées sur la biodiversité, qui renforcent la santé des écosystèmes.

Consommation des produits de la ruche notamment, le miel localement récolté par les apiculteurs de la région où on habite.

Emmanuel Ndimwiza

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