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Dans les récits transmis de génération en génération sur les rives du lac Kivu, Emmanuel Ndimwiza rapporte que les pêcheurs vouaient une vénération particulière à plusieurs entités invisibles, considérées comme les gardiens des eaux et des poissons. Parmi les plus évoqués figure Mukisa, esprit bienveillant associé à l’abondance et à la protection en mer. D’autres invoquaient Rugema, dieu redouté qui, en cas d’offenses, pouvait déclencher des tempêtes ou rendre les filets vides. Ces divinités n’étaient pas des abstractions : elles habitaient les profondeurs, les rochers isolés ou certains courants mystérieux du lac.
Les pêcheurs adoraient ces dieux parce qu’ils reconnaissaient en eux la source de leur survie. Emmanuel Ndimwiza explique que, pour chaque départ en pirogue, des prières et offrandes étaient faites, souvent sous forme de nourritures, boissons, ou cendres de plantes sacrées. L’adoration était aussi une manière de maintenir la paix avec l’invisible, d’honorer les ancêtres devenus gardiens aquatiques, et de garantir un retour sans drame. La moindre négligence ou profanation pouvait être perçue comme un affront aux forces du lac, entraînant accidents ou échecs de pêche.
Aujourd’hui encore, note Emmanuel Ndimwiza, bien que le christianisme et la modernité aient transformé les rituels, la croyance dans ces divinités reste ancrée dans les pratiques des pêcheurs d’Idjwi, Kalehe et Goma. Elles rappellent que le lac Kivu n’est pas seulement un espace économique, mais un espace sacré, vivant, qu’il faut respecter. Ces dieux représentent un lien fort entre écologie, spiritualité et culture, où le respect des traditions devient un acte de protection de l’environnement.
La Rédaction
Les dieux du lac : Emmanuel Ndimwiza révèle les croyances sacrées des pêcheurs du Kivu