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Au Bénin comme ailleurs en Afrique, le plastique n’est plus seulement une affaire de déchets : il s’invite jusque dans les repas des enfants, transformant l’école en laboratoire involontaire d’une exposition quotidienne.
À travers son projet « Le Goût du Plastique », Anas Seko, spécialiste en communication environnementale, pose un regard aussi simple que dérangeant sur une scène ordinaire de la vie scolaire au Bénin. À l’école primaire publique de Cocotomey, une élève emporte sa nourriture dans un sachet en plastique. Rien de spectaculaire, rien qui semble alarmer. Et pourtant, derrière ce geste banal observé par Anas Seko se dessine une question vertigineuse : que mettons-nous réellement dans l’assiette de nos enfants lorsque le plastique accompagne, enveloppe ou touche leur nourriture ?

Pour Anas Seko, le problème ne s’arrête pas au sachet abandonné dans une poubelle ou au déchet qui dérive vers la mer. Il commence bien avant. Sous l’effet de la chaleur et du temps, certaines substances présentes dans les plastiques peuvent migrer vers les aliments. L’exposition quotidienne aux plastiques et à certains de leurs composants chimiques soulève ainsi des préoccupations sanitaires qui dépassent largement la seule question environnementale. Anas Seko nous oblige alors à regarder autrement ces objets devenus si familiers que nous avons cessé de les questionner.

Cette réalité n’est d’ailleurs pas l’apanage du Bénin. De l’Afrique de l’Ouest aux pays des Grands Lacs africains, des sachets plastiques aux bouteilles, emballages et récipients utilisés dans les marchés, les écoles et les foyers, les mêmes pratiques se répètent. En RDC, au Rwanda, au Burundi, en Ouganda, comme dans de nombreux autres pays africains, le plastique accompagne les gestes les plus ordinaires de la vie quotidienne. Le travail photographique d’Anas Seko résonne donc comme un miroir continental : ce qui se passe à Cocotomey pourrait se produire ailleurs, sous d’autres latitudes, dans d’autres cantines, devant d’autres enfants.

Le mérite du travail d’Anas Seko, spécialiste en communication environnementale, est précisément de ne pas se contenter de dénoncer. Il interpelle. Il invite à repenser notre dépendance au plastique, nos habitudes de consommation et nos modèles de production. Car derrière le plastique se joue une crise à plusieurs visages : sanitaire, environnementale, climatique et sociale. Et face à cette crise, l’Afrique ne manque ni d’ingéniosité ni de mémoire. Les calebasses, paniers, feuilles, récipients réutilisables et autres pratiques traditionnelles rappellent, comme le souligne Anas Seko, que l’innovation ne consiste pas toujours à inventer du nouveau, mais parfois à redécouvrir ce que nous avons abandonné.

Avec « Le Goût du Plastique », Anas Seko transforme finalement une photographie d’enfant en question politique et citoyenne : combien de temps accepterons-nous que le plastique définisse nos manières de manger, de boire et de vivre ? L’enjeu n’est plus seulement de savoir où jeter nos déchets, mais de savoir comment sortir d’un système qui les produit à une vitesse vertigineuse. Du Bénin aux Grands Lacs, Anas Seko nous rappelle une évidence que nous préférons souvent ignorer : avant de nettoyer le monde que nous avons plastifié, il faut peut-être commencer par changer la manière dont nous le consommons.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan