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Au Nord-Kivu, la querelle sur les limites du Parc national des Virunga s’enlise. Face au rapport de la commission mise en place par le gouverneur, des agriculteurs riverains brandissent à leur tour leurs propres données et réclament que la vérité foncière soit enfin tranchée.
Depuis des années, la limite du Parc national des Virunga ressemble moins à une ligne sur une carte qu’à une plaie ouverte dans les campagnes du Nord-Kivu. D’un côté, l’ICCN défend les frontières du plus ancien parc national d’Afrique. De l’autre, des agriculteurs riverains affirment que certaines terres exploitées par leurs communautés ne devraient pas être considérées comme faisant partie du parc. Entre les deux, les populations attendent une réponse qui ne soit ni politique ni approximative, mais documentée et incontestable.
C’est dans ce climat que les représentants des agriculteurs viennent de rendre public, ce dimanche, leur propre rapport. Ils soutiennent que ce document reprend les données recueillies lors des descentes effectuées conjointement avec la commission mise en place par le gouverneur. Une démarche qui entend contredire, sur certains points, le rapport récemment remis à l’autorité provinciale. Mais au-delà de cette bataille de documents, une question demeure : qui détient la vérité sur la ligne qui sépare la terre communautaire de l’espace protégé ?
Le danger serait de laisser cette controverse s’installer dans l’éternité. Car chaque hectare disputé n’est pas seulement une affaire de coordonnées géographiques : il représente une parcelle cultivée, une famille, une mémoire, parfois une survie économique. À force de repousser la décision définitive, les autorités entretiennent un face-à-face où la méfiance gagne du terrain et où la conservation de la nature risque elle-même de devenir synonyme de conflit avec les communautés.
Le gouverneur et les députés provinciaux sont désormais devant une responsabilité qui dépasse la simple réception de deux rapports contradictoires. Il leur revient d’exiger la confrontation transparente des données, de vérifier les archives, les coordonnées, les relevés de terrain et les témoignages, puis de faire établir une limite juridiquement claire, publiquement connue et matériellement matérialisée. Virunga ne peut être protégé durablement contre ceux qui vivent à ses portes ; il doit l’être avec eux.
Car une frontière qui n’est claire que sur le papier finit toujours par devenir une source de conflit sur le terrain. Le Nord-Kivu n’a plus besoin d’une nouvelle commission destinée à produire un nouveau rapport : il a besoin d’une décision crédible, fondée sur les preuves et acceptée par les parties. Entre la protection du parc et les droits des communautés, l’État ne peut éternellement choisir le silence. À Virunga, il est temps de tracer une limite qui protège la forêt sans effacer ceux qui vivent autour d’elle.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan
VIRUNGA : QUAND LA FRONTIÈRE DU PARC DEVIENT CELLE DE LA DISCORDE