Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.
La chaleur monte, les forêts reculent, mais les milliards destinés au reboisement semblent, eux, avoir pris racine ailleurs. Au Lualaba, l’urgence climatique réclame désormais des comptes, des arbres et des résultats.
Le thermomètre grimpe au Lualaba comme un avertissement que les décideurs ne peuvent plus traiter comme une simple humeur du ciel. À Kolwezi comme ailleurs, la chaleur rappelle brutalement que la crise climatique n’est plus une abstraction réservée aux sommets internationaux. Elle se vit dans les rues, dans les maisons et dans les champs. Or, lorsque la Cour des comptes relève que, sur 91,57 milliards de CDF de charges enregistrées par le Fonds forestier national entre 2021 et 2025, à peine 11,06 milliards — soit 12,08 % — ont été consacrés au reboisement, une question s’impose : où sont les arbres ?
Il ne suffit plus d’annoncer des programmes, de multiplier les cérémonies de plantation ou de brandir des chiffres dans des rapports administratifs. Un arbre planté doit avoir un emplacement, une communauté qui le protège, un suivi et, surtout, une chance de survivre. Au Lualaba, les citoyens sont en droit de connaître le nombre d’arbres effectivement plantés, les sites concernés, les entreprises ou organisations bénéficiaires et les communautés qui ont réellement profité de ces investissements. L’argent public ne peut pas disparaître dans les labyrinthes de la bureaucratie pendant que les forêts disparaissent, elles, sous nos yeux.

La responsabilité incombe d’abord aux décideurs. Le Gouvernement, le FFN et les autorités provinciales doivent sortir de la culture du discours pour entrer dans celle de la preuve. Publier les budgets, les contrats, les sites de reboisement, les taux de survie des plants et les résultats obtenus ne devrait pas être une faveur accordée aux citoyens, mais une exigence élémentaire de bonne gouvernance. Et dans une province où l’activité minière transforme profondément les paysages, restaurer les terres dégradées, créer des espaces verts et développer des pépinières communautaires ne peut plus être relégué au rang des promesses saisonnières.
Il serait toutefois trop facile de demander aux seuls citoyens de planter des arbres pendant que les institutions tardent à rendre compte. La responsabilité est collective, mais elle est d’abord institutionnelle. Le contrôle des véhicules fortement polluants, la lutte contre les déchets plastiques, la protection des espaces verts et la restauration des écosystèmes doivent accompagner une véritable politique climatique provinciale. On ne demande pas aux populations de sauver seules une forêt que les politiques publiques n’ont pas su protéger.
Le Lualaba n’a pas besoin d’un nouvel inventaire de promesses : il a besoin d’arbres qui poussent, de forêts qui renaissent et de comptes qui soient rendus. Chaque franc destiné au climat doit laisser une empreinte visible dans le sol, pas seulement une ligne dans un rapport. Aux décideurs de répondre, chiffres à l’appui, à ces questions simples : combien d’arbres ont été plantés ? Où ? Par qui ? Avec quels résultats ? Car lorsque la chaleur devient suffocante et que les milliards s’évaporent sans forêt à l’horizon, ce n’est plus seulement l’environnement qui est en jeu : c’est la crédibilité de l’action publique.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan