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Un naufrage qui menace des salaires déjà attendus dans l’angoisse. Au-delà de l’accident, c’est toute la fragilité de la chaîne de paiement des enseignants en milieu rural qui refait surface.
En Tshopo, la rivière vient de rappeler, brutalement, qu’en République démocratique du Congo, même un salaire peut devenir une aventure. Une pirogue transportant des fonds destinés à la paie de plusieurs enseignants aurait fait naufrage ces derniers jours, emportant avec elle l’argent et, surtout, une part de l’espoir de familles qui attendent déjà leur dû dans une interminable incertitude. Dans les profondeurs de cette rivière, ce ne sont donc pas seulement des billets qui risquent de disparaître : ce sont des mois de travail, des repas différés, des dettes accumulées et des familles suspendues à une paie qui n’arrive pas.
Le drame est d’autant plus préoccupant que les enseignants concernés exercent loin des centres urbains, dans ces territoires où l’État se mesure souvent à la régularité d’un salaire, à l’état d’une route ou à la capacité d’une administration à atteindre les communautés les plus enclavées. Lorsque la paie doit voyager en pirogue sur des cours d’eau dangereux, le problème dépasse largement celui d’un simple naufrage. Il révèle les failles d’un système où les agents publics les plus vulnérables restent exposés aux aléas du transport, aux risques sécuritaires et à l’absence de mécanismes suffisamment sûrs pour acheminer les fonds.
Mais derrière cette disparition présumée de l’argent, une question plus lourde demeure : qui répondra aux enseignants si leurs salaires ont réellement sombré ? Les bénéficiaires ne devraient pas devenir les victimes collatérales d’un accident dont ils ne sont ni les auteurs ni les responsables. Les autorités provinciales, les services compétents et les institutions chargées de la paie doivent rapidement établir les circonstances exactes du naufrage, rechercher les fonds et surtout garantir que les enseignants concernés ne soient pas privés de leur rémunération. La transparence n’est ici ni un luxe ni une formalité administrative : elle est une obligation envers des travailleurs dont la patience est déjà mise à rude épreuve.
La Tshopo mérite mieux qu’un État qui arrive au bout du fleuve avec des salaires en équilibre sur une pirogue. Cet incident devrait servir d’électrochoc. Il faut sécuriser les circuits de paiement, privilégier lorsque cela est possible des mécanismes modernes et traçables, et mettre fin à cette vulnérabilité qui transforme parfois le salaire d’un fonctionnaire en cargaison à haut risque. Car lorsqu’un enseignant attend son salaire, ce n’est pas seulement un employé qui attend : c’est une famille, une classe d’élèves et, derrière eux, tout un avenir qui attend. Et aucun fleuve ne devrait avoir le pouvoir de décider du destin d’un salaire.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan
Tshopo : quand le fleuve emporte jusqu’au salaire des enseignants