Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.
La ratification par la Sierra Leone du Protocole portant création de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples dépasse largement le cadre d’un simple acte diplomatique. En rejoignant officiellement les États parties à cet instrument juridique, le pays du président Julius Maada Bio adresse un message fort à l’ensemble du continent : la protection des droits humains, y compris des droits environnementaux, ne peut plus se limiter à des déclarations d’intention. Dans un contexte marqué par l’intensification des conflits liés aux ressources naturelles, aux effets du changement climatique et à la multiplication des atteintes aux écosystèmes, cette décision apparaît comme un engagement concret en faveur d’une justice régionale plus accessible et plus efficace.
C’est dans cet esprit que la coalition Environmental Rights in Africa (ERA) a salué cette avancée historique, tout en exhortant les autres États membres de l’Union africaine à suivre l’exemple de Freetown. Pour cette organisation panafricaine, qui rassemble plus de 75 organisations de la société civile dans plus de 40 pays africains, le renforcement de la Cour africaine constitue un levier essentiel pour faire progresser l’État de droit, la gouvernance démocratique et la protection des communautés confrontées aux dégradations environnementales. À l’occasion du vingtième anniversaire du début des activités de la Cour, cette ratification symbolise également la volonté de replacer les droits environnementaux au cœur des priorités politiques et juridiques africaines.
Les responsables de l’ERA voient dans cette initiative une opportunité de bâtir un véritable cadre continental garantissant le droit à l’information environnementale, la participation du public aux décisions touchant aux ressources naturelles ainsi que l’accès effectif à la justice. Pour Ahmad Abdallah, président du comité de pilotage de la coalition, la Sierra Leone démontre qu’un leadership politique fondé sur des principes peut transformer les engagements internationaux en mécanismes concrets de responsabilité. De son côté, Abdul Karim Marah, directeur exécutif de Global Youth Counterpart, estime que cette ratification renforce également la place des jeunes dans les processus décisionnels, notamment dans la lutte contre le changement climatique et la promotion d’un développement inclusif et durable.
Au-delà de la Sierra Leone, l’enjeu est désormais continental. Face aux défis croissants liés à l’exploitation des ressources naturelles, à la pollution, à la déforestation et aux conséquences du dérèglement climatique, l’Afrique est appelée à consolider ses institutions de protection des droits humains et de l’environnement. L’appel lancé par l’ERA invite ainsi les gouvernements africains à transformer leurs engagements en actions concrètes afin de garantir aux citoyens un accès réel à la justice environnementale. En prenant cette décision, Freetown ne se contente pas d’écrire une nouvelle page de son histoire juridique ; elle propose un cap pour une Afrique où la protection de l’environnement, les droits des populations et la responsabilité des États avancent désormais de concert.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan
Sierra Leone : en ratifiant le Protocole de la Cour africaine, Freetown ouvre une nouvelle ère pour la justice environnementale et met les États africains face à leurs responsabilités