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Sankuru : le pont de Lotembo, petite infrastructure, grand levier pour désenclaver un territoire

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À Katako-Kombe, un pont financé par le Japon rappelle une vérité souvent oubliée : dans les territoires enclavés, quelques dizaines de mètres de béton peuvent peser davantage sur l’économie locale que de grands discours sur le développement.

Le 6 août, à Katako-Kombe, dans la province du Sankuru, un ouvrage de 352 500 dollars a été inauguré sur la rivière Lotembo. Financé par le Japon et construit en béton armé, ce pont vient rompre un obstacle qui, au-delà de quelques mètres de cours d’eau, constituait surtout une frontière économique. Sur l’axe Tshumbe-Lumumbaville, chaque difficulté de franchissement signifie des heures perdues, des marchandises immobilisées, des coûts de transport plus élevés et, parfois, des villages coupés du reste du territoire. Le pont de Lotembo n’est donc pas seulement une infrastructure routière : il est une artère nouvelle dans un territoire où l’enclavement demeure l’un des premiers ennemis du développement.

Dans une région où l’agriculture constitue le socle des revenus de nombreuses familles, la qualité des routes et des ouvrages de franchissement détermine directement la valeur du travail paysan. Produire ne suffit pas ; encore faut-il pouvoir vendre. Un pont praticable toute l’année peut réduire les ruptures d’approvisionnement, faciliter l’évacuation des produits agricoles vers les marchés, rapprocher producteurs et commerçants et contribuer à stabiliser les prix. Il peut également favoriser la circulation des intrants, des équipements et des services essentiels. Derrière le béton, il y a donc une question très concrète : combien de sacs de maïs, de manioc, de riz ou d’autres produits pourront désormais atteindre le marché avec moins de pertes et à moindre coût ?

Mais l’enjeu dépasse le commerce. Une infrastructure de ce type contribue à rapprocher les communautés des écoles, des centres de santé, des administrations et des opportunités économiques. Elle facilite la mobilité des enseignants, des agents de santé, des commerçants et des familles. Elle peut aussi renforcer les échanges entre territoires et créer progressivement un espace économique plus intégré autour de l’axe Tshumbe-Lumumbaville. Dans une province où l’immensité du territoire et la faiblesse des infrastructures entretiennent l’isolement de nombreuses communautés, chaque pont devient ainsi un morceau de cohésion territoriale. Le développement ne se mesure pas uniquement en kilomètres de routes construites, mais aussi en distances sociales et économiques que l’on parvient à réduire.

Reste maintenant le plus difficile : faire durer l’ouvrage et l’inscrire dans une véritable stratégie de désenclavement du Sankuru. Un pont, aussi solide soit-il, ne peut produire tout son potentiel si les routes qui y conduisent demeurent impraticables, si l’entretien est négligé ou si les populations restent privées d’investissements complémentaires. Le geste du Japon mérite donc d’être considéré comme un point de départ plutôt que comme une fin. À Lotembo, le béton franchit une rivière ; aux pouvoirs publics et aux partenaires du développement de franchir désormais un autre obstacle, plus profond : celui d’une politique d’infrastructures capable de transformer durablement la mobilité en prospérité, et le désenclavement en véritable renaissance économique du Sankuru.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

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