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Sur les rives du Kivu, les initiatives d’aujourd’hui ne surgissent pas du néant. Elles prolongent une histoire faite d’audace, de navigation, de commerce et de rêves portés par des hommes dont les noms méritent de sortir de l’oubli.
Le lac Kivu n’est pas seulement une étendue d’eau qui sépare Goma de Bukavu : il est une mémoire en mouvement. Ses vagues portent encore l’écho de celles et ceux qui, hier, ont compris que le lac pouvait être un trait d’union plutôt qu’une frontière. Parmi ces figures, Paypay Wasyagasige appartient à cette génération de bâtisseurs dont l’empreinte se lit moins dans les monuments que dans les routes qu’ils ont ouvertes aux autres.
Il faut alors regarder les entrepreneurs et acteurs locaux d’aujourd’hui avec une autre perspective. Vanny Bishweka Nyamwirahira, Antoine Musanganya Lubongera, et tant d’autres qui font vivre les initiatives du Kivu, ne construisent pas sur une terre vierge. Leur ferveur s’inscrit dans une chaîne de transmission. Ils héritent d’une région façonnée par des hommes et des femmes qui ont osé investir, transporter, entreprendre et relier les communautés malgré les difficultés.
Et puis il y a le Lydy Nadia, ce navire devenu presque une légende dans la mémoire lacustre. Pendant des années, il a bravé les eaux du Kivu, reliant des rives, transportant des personnes, des marchandises et, avec elles, une part de la vie économique et sociale de la région. Aujourd’hui disparu de l’horizon, il demeure dans l’album collectif comme le symbole d’une époque où la navigation constituait davantage qu’un simple moyen de déplacement : elle était une promesse de rapprochement.
Mais une région qui oublie ses bâtisseurs risque de croire que son avenir commence aujourd’hui. Il n’en est rien. Chaque initiative contemporaine est un chapitre d’une histoire commencée bien avant elle. Le véritable hommage à Paypay Wasyagasige et à ceux qui l’ont précédé ne consiste donc pas seulement à prononcer leurs noms : il consiste à poursuivre l’œuvre, à créer, à transmettre et à bâtir avec suffisamment d’audace pour que demain, sur les rives du Kivu, d’autres générations puissent à leur tour regarder l’horizon et dire : ils avaient commencé avant nous, mais nous n’avons pas laissé leur héritage mourir.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan
Lac Kivu : dans le sillage des bâtisseurs oubliés