Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.
Ils ont longtemps protégé la forêt sans bruit, sans tribunaux, sans caméras et souvent sans reconnaissance. Aujourd’hui, GIRENAD alerte sur la situation de 260 Pygmées déplacés de Ngadi, qui vivent dans une précarité extrême à Kipriani, à Beni. Pour GIRENAD, leur drame n’est pas seulement humanitaire : il révèle l’échec d’un modèle qui prétend protéger les forêts tout en abandonnant ceux qui en connaissent le mieux les secrets.
À travers son plaidoyer, GIRENAD rappelle que la forêt congolaise possède ses grands défenseurs, ses conventions internationales, ses parcs nationaux, ses programmes de conservation et ses milliards promis au climat. Mais elle possède aussi des gardiens silencieux, dont les noms apparaissent rarement dans les rapports officiels : les peuples autochtones. Pendant des générations, ces communautés ont appris à lire les saisons, reconnaître les plantes, suivre les traces animales, préserver les sources et transmettre une mémoire écologique que les bibliothèques ne peuvent enfermer. Pour GIRENAD, leur rapport à la nature n’est pas celui d’un propriétaire à sa propriété, mais celui d’un peuple qui sait que détruire la forêt revient à détruire une partie de soi-même. C’est cette contribution que GIRENAD choisit de rappeler à l’occasion de la Journée internationale des peuples autochtones : derrière chaque hectare de forêt encore debout, il y a aussi une histoire humaine, une culture et des savoirs qui méritent d’être protégés.

Mais à Beni, GIRENAD constate que cette histoire prend aujourd’hui un visage tragique. Après les violences qui ont frappé leur ancien campement de Ngadi dans la nuit du 30 au 31 mai 2026, six autochtones ont été tués et 67 ménages, soit environ 260 personnes, ont dû fuir vers Kipriani. Selon les éléments documentés par GIRENAD, 92 femmes et 71 enfants vivent désormais dans des abris de fortune, exposés aux pluies, au froid, à l’insécurité et au manque d’eau potable. Une seule latrine pour des dizaines de familles, de l’eau non traitée, l’absence de couvertures et d’éclairage : GIRENAD décrit ainsi le quotidien de ceux que nous célébrons pourtant comme les gardiens du Bassin du Congo. Le paradoxe est cruel : au moment où le monde invoque leur rôle dans la protection de la biodiversité, eux-mêmes peinent à protéger leurs enfants contre la faim, la maladie et la nuit.
Le mérite de GIRENAD est précisément de refuser que cette contradiction devienne une fatalité. En documentant la situation de Kipriani, en alertant l’opinion publique et en rappelant la portée de la Loi n° 22/030 du 15 juillet 2022, GIRENAD replace la dignité humaine au centre de la conservation. Pour GIRENAD, une forêt ne sera jamais durablement protégée contre ceux qui y vivent si les populations qui la connaissent et la défendent sont marginalisées, déplacées ou condamnées à survivre dans des conditions indignes.

La réponse défendue par GIRENAD doit donc dépasser l’aide ponctuelle : il faut sécuriser les terres ancestrales, garantir l’accès aux soins et à l’éducation, reconnaître les savoirs traditionnels, associer réellement les peuples autochtones à la gouvernance forestière et rendre pleinement opérationnelles les dispositions légales existantes. Pour GIRENAD, la loi ne doit plus être une promesse imprimée dans le Journal officiel ; elle doit devenir une réalité visible dans les villages, les forêts et les camps de déplacés.
L’urgence soulignée par GIRENAD, toutefois, est ici et maintenant. Kipriani doit être intégré sans délai aux mécanismes officiels de réponse sanitaire et humanitaire. L’eau potable, les latrines, les abris semi-durables, les couvertures, les lampes solaires et l’assistance alimentaire doivent atteindre les familles avant qu’une nouvelle tragédie ne survienne. GIRENAD appelle ainsi le Gouvernement, les autorités provinciales, les agences des Nations unies, les organisations humanitaires, les Églises, les bailleurs, les organisations de conservation et les acteurs communautaires à agir ensemble.

Mais GIRENAD insiste également sur la nécessité de préparer l’après-crise : restaurer les moyens de subsistance, soutenir l’agroécologie, renforcer les initiatives communautaires de conservation et créer des mécanismes permettant aux peuples autochtones de devenir des acteurs rémunérés et reconnus de la protection des forêts. Pour GIRENAD, la communauté internationale ne peut pas continuer à financer la conservation du Bassin du Congo tout en laissant ses premiers gardiens vivre dans la misère.
Le véritable test de l’engagement écologique, rappelle GIRENAD, ne se trouve donc pas uniquement dans les discours prononcés lors des grandes conférences climatiques, mais à Kipriani, sous ces huttes qui prennent l’eau lorsque la pluie tombe sur Beni. GIRENAD nous rappelle une vérité que le XXIᵉ siècle aurait tort d’oublier : il n’existe pas de justice climatique sans justice pour les peuples qui protègent les écosystèmes, et il n’existe pas de conservation durable sans dignité humaine.

Honorer les sages-femmes autochtones, comme nous y invite la thématique de cette année, c’est aussi, pour GIRENAD, protéger les femmes qui transmettent les savoirs, les enfants qui héritent de ces cultures et les territoires qui rendent ces connaissances possibles. GIRENAD estime que le monde peut encore choisir entre une forêt protégée par des communautés respectées et une forêt administrée depuis des bureaux lointains tandis que ses gardiens meurent dans l’indifférence. À Beni, GIRENAD a lancé l’alerte. Il appartient désormais à l’État, aux humanitaires, aux défenseurs de l’environnement et à chacun de nous de répondre.
Pour GIRENAD, nos forêts ne sont pas seulement un patrimoine à conserver. Elles sont une mémoire à respecter. Et leurs gardiens ne sont pas des victimes à secourir : ils sont des partenaires indispensables pour construire l’avenir du Bassin du Congo.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur – Voix du Paysan