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Quand une rivière cesse d’être un fleuve de vie : à Matadi, les déchets racontent l’effondrement silencieux de la gouvernance environnementale

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

Une ville se révèle souvent à travers ses rivières. À Matadi, elles ne reflètent plus seulement les collines qui les entourent, mais aussi les contradictions d’un développement incapable de protéger son bien le plus précieux : l’eau. La rivière Kokosambanu, comme d’autres cours d’eau urbains, s’efface peu à peu sous les montagnes de déchets. Ce paysage n’est pas seulement celui d’une pollution grandissante ; il raconte l’histoire d’une gouvernance qui abandonne la nature jusqu’à transformer les artères de la ville en cimetières écologiques. Lorsqu’une rivière devient une poubelle, c’est toute une société qui commence à perdre le sens de ses priorités.

La nature, pourtant, ne négocie jamais avec l’indifférence. Les plastiques qui étouffent les eaux finissent par obstruer les caniveaux, amplifier les inondations et ouvrir la voie aux épidémies de choléra, de typhoïde et d’autres maladies évitables. Derrière chaque pluie torrentielle se cachent des familles déplacées, des commerces ruinés et des finances publiques englouties dans la gestion des catastrophes plutôt que dans leur prévention. La crise des déchets n’est donc pas une question de propreté urbaine ; elle est devenue le miroir d’une crise sanitaire, économique et climatique qui fragilise chaque jour un peu plus l’avenir de la ville.

Punir les auteurs des dépôts sauvages peut répondre à l’urgence, mais cela ne remplacera jamais une véritable vision. Restaurer les rivières de Matadi exige une politique publique fondée sur la science, l’aménagement du territoire, l’économie circulaire et une éducation environnementale qui fasse de chaque citoyen un gardien de son patrimoine naturel. Les universités, les chercheurs, les collectivités locales, les organisations citoyennes et les partenaires techniques doivent cesser d’agir en ordre dispersé. Une rivière restaurée ne représente pas seulement une victoire écologique ; elle devient le symbole d’une ville qui choisit enfin la résilience plutôt que le déclin.

Au-delà de Matadi, c’est la crédibilité écologique de toute la République démocratique du Congo qui se joue. Un pays qui ambitionne de peser dans les négociations climatiques grâce à ses forêts, à son bassin du Congo et à son immense biodiversité ne peut ignorer les blessures infligées à ses propres rivières urbaines. La transition écologique ne commence ni dans les grandes conférences internationales ni dans les discours officiels. Elle commence au bord d’un cours d’eau que l’on décide enfin de sauver, là où l’État retrouve son autorité, où les citoyens retrouvent leur responsabilité et où la nature retrouve enfin sa dignité.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

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