×
Logo en chargement
CHARGEMENT...

Quand le feu remplace le dialogue : à Idjwi, l’incendie criminel de l’hôtel Masoda sonne comme un avertissement sur la fragilité de la paix, de l’investissement et du pacte social insulaire

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

L’incendie criminel qui a réduit en cendres l’hôtel Masoda, propriété du Professeur Dr. Masoda à Idjwi Mudusa, n’est pas seulement une destruction matérielle. Il constitue un symptôme inquiétant d’un mal plus profond : celui d’une société où la violence tend, parfois, à se substituer au dialogue et où la destruction devient un langage adressé à toute une communauté. Derrière les flammes qui ont englouti cet établissement, ce sont des années d’investissements, des emplois, des espoirs de développement local et une certaine idée de l’avenir d’Idjwi qui se consument. La réaction du jeune leader Léonce Kinyunyi, condamnant fermement cet acte et appelant au calme ainsi qu’au respect de la loi, traduit une inquiétude largement partagée : lorsque l’insécurité s’attaque aux investissements, c’est le contrat de confiance entre les citoyens et leur territoire qui vacille.

L’histoire économique enseigne une évidence : aucune région ne peut espérer attirer des investisseurs lorsque la peur supplante la sécurité juridique et physique. Détruire le patrimoine d’un entrepreneur ne règle aucun différend, ne corrige aucune injustice et ne répond à aucune revendication légitime. Au contraire, un tel acte nourrit la méfiance, fragilise un tissu économique déjà vulnérable et compromet les perspectives d’emploi d’une jeunesse qui aspire davantage aux opportunités qu’aux affrontements. Pour une île comme Idjwi, qui cherche à valoriser son potentiel touristique, agricole et entrepreneurial, chaque infrastructure détruite représente bien plus qu’une perte privée : c’est un recul collectif, un signal négatif envoyé à tous ceux qui envisagent d’y investir ou d’y entreprendre.

Dans ces circonstances, la responsabilité de l’État ne peut souffrir ni hésitation ni approximation. Les autorités administratives, judiciaires et les services de sécurité sont désormais placés devant une exigence de résultats. Une enquête indépendante, rigoureuse et crédible doit permettre d’identifier les auteurs, leurs éventuels complices ainsi que les véritables motivations de cette attaque. Car l’impunité est souvent la première alliée de la récidive. Lorsqu’un crime aussi grave demeure sans réponse judiciaire, il installe dangereusement l’idée que la violence peut prospérer sans conséquence. Or, la première mission de l’État reste de garantir aux citoyens la protection de leurs personnes, de leurs biens et de leurs libertés.

Au-delà de l’émotion suscitée par cet incendie, Idjwi se trouve aujourd’hui face à un choix de société. Celui de laisser la peur, la vengeance et le vandalisme redessiner les rapports sociaux, ou celui de réaffirmer que le développement ne peut s’enraciner que dans la paix, la justice et le respect du bien commun. L’appel lancé par Léonce Kinyunyi mérite, à cet égard, d’être entendu par les jeunes, les autorités coutumières, les responsables politiques, les forces de sécurité et l’ensemble des citoyens. Une île ne construit pas son avenir en consumant les fruits du travail de ses propres fils ; elle le bâtit en protégeant ceux qui créent de la richesse, en garantissant l’État de droit et en faisant de chaque crise une occasion de renforcer le vivre-ensemble. C’est à cette condition qu’Idjwi préservera son image de terre de paix, restaurera la confiance des investisseurs et offrira enfin à sa jeunesse un avenir où le dialogue l’emporte définitivement sur le feu.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

Partager

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

×