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À Mambasa, les barrières illégales ne freinent pas seulement la circulation des personnes et des biens : elles révèlent l’érosion de l’autorité publique et aggravent une crise déjà nourrie par l’insécurité et Ebola. L’alerte portée par le mouvement citoyen LUCHA met en lumière une réalité qui menace aussi bien la sécurité que les droits fondamentaux des populations.
À Mambasa, les barrières illégales sont devenues bien plus que de simples postes de perception clandestins. Elles incarnent le recul de l’autorité de l’État et l’incapacité des institutions à faire appliquer leurs propres décisions. Malgré les instructions du gouverneur de l’Ituri ordonnant leur suppression, ces points de contrôle continuent de fonctionner au vu et au su de tous. Pour la LUCHA, cette persistance traduit une gouvernance fragilisée où les intérêts particuliers, la corruption et l’impunité prennent le pas sur l’intérêt général. Lorsqu’une décision officielle reste sans effet, c’est la crédibilité même de l’État qui est mise à l’épreuve, laissant les citoyens face au sentiment inquiétant que la loi n’est plus la même pour tous.
Les conséquences de cette situation sont profondes. Les barrières illégales alourdissent les coûts du transport, augmentent le prix des produits de première nécessité et pénalisent les agriculteurs, les commerçants ainsi que les transporteurs qui assurent la survie économique du territoire. La LUCHA souligne également que ces pratiques compromettent l’acheminement de l’aide humanitaire et ralentissent l’accès aux soins dans une région déjà confrontée aux attaques des groupes armés et à l’épidémie d’Ebola. Dans un tel contexte, chaque prélèvement illicite, chaque retard imposé et chaque entrave à la circulation aggravent la vulnérabilité des populations. Au-delà du préjudice économique, ces barrières portent atteinte au droit des citoyens de circuler librement et d’accéder aux services essentiels.
L’interpellation de la LUCHA dépasse ainsi la dénonciation de simples tracasseries routières. Elle met en évidence une crise plus large de gouvernance et appelle les autorités provinciales et nationales à assumer pleinement leurs responsabilités. Une autorité qui édicte des décisions sans en garantir l’application affaiblit progressivement la confiance des citoyens dans les institutions. Restaurer cette confiance suppose des actes concrets : démanteler effectivement toutes les barrières illégales, identifier les responsables de ces réseaux de perception illicite, sanctionner les auteurs des abus et renforcer les mécanismes de contrôle. Pour la LUCHA, seule une action ferme et cohérente permettra de réaffirmer la primauté de l’État de droit.
Le cas de Mambasa rappelle que le développement, la sécurité et la paix durable ne peuvent s’enraciner là où l’autorité publique demeure impuissante à faire respecter ses propres décisions. La suppression des barrières illégales ne constitue qu’une première étape d’un chantier plus vaste de restauration de l’État. Celui-ci exige une volonté politique constante, des institutions responsables, des services publics professionnels et une gouvernance fondée sur la transparence, la redevabilité et le respect de la loi. À défaut, les barrières illégales continueront de symboliser non seulement une économie paralysée, mais aussi une autorité publique dont le silence et l’inaction fragilisent chaque jour davantage les droits et les aspirations des citoyens de Mambasa.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur – Voix du Paysan
Mambasa ou la faillite silencieuse de l’autorité de l’État