Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.
Après plus d’un an d’absence, les écogardes reprennent position à Itebero. Un retour prudent, suspendu à une question essentielle : la sécurité permettra-t-elle enfin à la conservation de reprendre durablement ses droits ?
Le 16 septembre, Itebero a retrouvé ses gardiens de la biodiversité. Après plus d’un an d’absence, les écogardes du Parc national de Kahuzi-Biega ont regagné ce secteur de Walikale. Ce n’est pas un simple déplacement d’agents : c’est le signe fragile qu’un territoire peut, lorsque les conditions le permettent, recommencer à être surveillé et protégé.
En février 2025, l’insécurité avait contraint ces hommes et ces femmes à quitter Itebero pour être temporairement relocalisés à la Réserve de faune à okapis. La conservation, elle aussi, avait dû battre en retraite. Derrière cette absence se trouvait une réalité brutale : lorsque les armes s’installent, les forêts deviennent plus vulnérables, les espèces plus exposées et les communautés davantage livrées aux conséquences de l’abandon.
Le retour, soutenu par les autorités locales et les leaders communautaires, ouvre donc une nouvelle séquence. Surveillance, protection de la faune et de la flore, dialogue avec les populations : il faudra reconstruire patiemment ce qui a été interrompu. Car protéger une forêt ne consiste pas seulement à y envoyer des écogardes ; cela suppose aussi la confiance des communautés qui vivent autour et parfois au cœur de cet espace protégé.
Mais ne nous racontons pas d’histoire trop vite. Un retour n’est pas encore une reconquête. La reprise des activités demeure adaptative et dépend de l’évolution de la situation sécuritaire. À Itebero, la conservation avance donc avec prudence, presque à pas comptés, dans un territoire où la stabilité reste une condition préalable à toute ambition écologique durable.
Le véritable défi commence maintenant : faire en sorte que le retour des écogardes ne soit pas une parenthèse, mais le début d’une présence durable. Car lorsqu’un État abandonne momentanément ses forêts, d’autres intérêts finissent toujours par occuper l’espace laissé vacant. À Itebero, protéger le PNKB, c’est aussi rappeler que la biodiversité n’est pas une terre sans maître et que la paix doit également se mesurer à la capacité de protéger le vivant.
La Rédaction
PNKB : le retour des écogardes, ou la reconquête patiente d’un territoire perdu