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Genecost : la mémoire sans justice est une seconde trahison

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

Un peuple qui commémore ses morts sans poursuivre leurs bourreaux transforme le deuil en rituel. La mémoire n’a de valeur que lorsqu’elle ouvre le chemin de la justice.

Le Genecost ne peut devenir un simple slogan d’État, encore moins une cérémonie annuelle destinée à apaiser les consciences. Il désigne l’une des tragédies les plus profondes de l’histoire contemporaine de la République démocratique du Congo : des millions de vies brisées par des guerres, des massacres, des déplacements forcés et le pillage systématique des richesses nationales. Mais une tragédie de cette ampleur n’a jamais été l’œuvre de seuls agresseurs extérieurs. Les pages les plus sombres de l’histoire congolaise rappellent qu’aucune entreprise de destruction ne prospère sans complicités internes. Si les autorités veulent réellement donner un sens au combat contre le Genecost, elles doivent avoir le courage d’ouvrir les dossiers qui dérangent, d’identifier les responsabilités, y compris celles de Congolais ayant participé, facilité ou couvert ces crimes, quelle que soit leur position dans les institutions de la République.

L’histoire de l’Afrique enseigne pourtant une leçon constante : les nations qui se relèvent sont celles qui affrontent leur vérité. Patrice Emery Lumumba avait compris que l’indépendance politique ne survivrait jamais sans souveraineté morale. Laurent-Désiré Kabila affirmait que le peuple devait reprendre son destin en main. Plus largement, Kwame Nkrumah, Thomas Sankara, Amílcar Cabral, Julius Nyerere ou encore Nelson Mandela ont démontré, chacun à leur manière, qu’une mémoire nationale ne peut être construite sur l’oubli volontaire des responsabilités. La grandeur d’un État ne réside pas dans la multiplication des discours patriotiques, mais dans sa capacité à appliquer une justice impartiale, même lorsque celle-ci atteint les puissants.

La République démocratique du Congo possède une histoire glorieuse faite de résistances, de sacrifices et de héros anonymes qui ont refusé la soumission. Ce patrimoine moral mérite mieux qu’une instrumentalisation politique. Commémorer le Genecost tout en laissant prospérer l’impunité reviendrait à demander aux victimes de mourir une seconde fois dans le silence des tribunaux. La mémoire n’est pas un refuge pour les émotions passagères ; elle est une exigence de vérité, de responsabilité et de réparation. Les familles endeuillées n’attendent pas seulement des monuments, des journées nationales ou des déclarations solennelles : elles attendent que la justice parle enfin au nom de la République.

Le véritable hommage aux victimes commencera le jour où la justice congolaise démontrera qu’aucun responsable n’est au-dessus des lois, qu’il soit civil, militaire ou détenteur d’un mandat public. C’est à ce prix que le Genecost cessera d’être un mot chargé de douleur pour devenir le fondement d’un nouveau contrat national fondé sur la vérité, la responsabilité et la dignité. Les grandes nations ne se construisent ni sur l’amnésie ni sur les calculs politiques ; elles se construisent lorsque le courage de juger les crimes l’emporte enfin sur la peur de nommer leurs auteurs. C’est dans cette fidélité à son histoire que le Congo pourra renouer avec l’idéal porté par ses grandes figures révolutionnaires et redevenir, au cœur de l’Afrique, une terre où la justice n’est plus une promesse, mais une réalité.


Éditeur- Voix du Paysan

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