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En pleine riposte contre Ebola, les humanitaires ne devraient pas avoir à se protéger de ceux qu’ils viennent secourir. Les attaques contre les volontaires de la Croix-Rouge révèlent une crise plus profonde : celle de la confiance.
Onze incidents violents, neuf blessés, des ambulances endommagées, du matériel détruit et même un véhicule incendié : le bilan est glaçant. À Beni, à Malikuti ou encore à Aru, ceux qui transportent, soignent, accompagnent les familles et sécurisent les enterrements sont devenus des cibles. Cent jours après la déclaration officielle de l’épidémie, l’Ebola ne menace donc plus seulement par le virus. Il progresse aussi dans le brouillard de la peur, de la suspicion et de la violence.
Il faut le dire sans détour : s’en prendre à un volontaire de la Croix-Rouge, c’est frapper la main qui vient secourir. C’est aussi fragiliser toute la chaîne de la riposte. Une ambulance incendiée ne transporte plus de malade. Un volontaire blessé ne peut plus entrer dans une communauté. Un enterrement sécurisé empêché peut devenir un nouveau foyer de transmission. À force de transformer les acteurs humanitaires en ennemis présumés, on offre au virus un allié silencieux : le chaos.
Mais condamner les attaques ne suffira pas. La violence prospère souvent là où la parole publique a perdu sa force, où les communautés ne comprennent plus les gestes de la riposte et où les rumeurs remplissent le vide laissé par l’information. Les autorités, les leaders communautaires et les responsables religieux doivent reprendre la parole, non pour culpabiliser les populations, mais pour restaurer la confiance. La lutte contre Ebola ne peut être une opération imposée d’en haut : elle doit redevenir une entreprise collective, comprise et portée par les communautés elles-mêmes.
La RDC n’a pas besoin d’une guerre supplémentaire au milieu de cette épidémie. Elle a besoin de protéger ceux qui protègent les autres. À l’heure où chaque minute compte, l’impunité des agresseurs serait une faute politique autant qu’humaine. Car derrière chaque volontaire menacé, c’est toute la riposte qui vacille. Et lorsque ceux qui viennent sauver des vies doivent eux-mêmes courir pour sauver la leur, ce n’est plus seulement Ebola que nous combattons : c’est notre capacité collective à rester humains face à la peur.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan
Ebola : quand soigner devient un acte de courage