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À Bukavu, le recul des effectifs dans la section pédagogique révèle une crise plus profonde : celle d’une profession qui peine à nourrir ceux qui ont pour mission de former les générations futures.
La désertion de la section pédagogique n’est pas une simple statistique scolaire. Elle dit quelque chose de plus grave sur l’état de l’école congolaise : lorsque former des enseignants ne fait plus rêver, c’est toute la chaîne éducative qui vacille. À Bukavu, le signal est faible peut-être, mais il est suffisamment inquiétant pour que les autorités cessent de regarder ailleurs.
Car l’enseignant du primaire est la première pierre de l’édifice. C’est lui qui apprend à lire avant que l’élève ne découvre les équations, les sciences ou les amphithéâtres universitaires. Le fragiliser, c’est fragiliser tout ce qui vient après. Comment espérer une université performante avec des générations d’élèves dont les fondations auront été posées par des instituteurs épuisés, précarisés et découragés ?
À Bukavu, où le coût de la vie étrangle déjà les ménages, le salaire évoqué de 300 000 francs congolais ressemble moins à une rémunération qu’à une condamnation à la survie. Entre le loyer, les frais scolaires des enfants, l’alimentation et les charges familiales, la vocation finit par se heurter au réel. On ne peut pas demander à un enseignant de bâtir l’avenir avec un présent qui l’empêche de vivre dignement.
Il faut donc entendre l’alerte avant qu’elle ne devienne une crise irréversible. L’État doit regarder la gratuité de l’enseignement non seulement comme une promesse politique, mais comme une responsabilité financière et sociale envers ceux qui la rendent possible. Valoriser l’enseignant du primaire, ce n’est pas lui faire une faveur : c’est investir dans la survie intellectuelle du pays.
Le véritable danger pour Bukavu ne serait pas seulement de voir des salles de pédagogie se vider. Ce serait de se réveiller demain avec trop peu d’enseignants pour remplir les classes. Une nation qui néglige ceux qui apprennent à ses enfants les premiers mots finit toujours par payer, plus tard, le prix de son propre abandon. L’école congolaise ne manque pas seulement de moyens : elle manque d’un choix politique clair en faveur de ceux qui la font vivre.
Éditeur- Voix du Paysan
Bukavu : quand la vocation d’enseigner ne trouve plus à vivre