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Cameroun : l’armée verrouillée, le pouvoir invisible

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Alors que Paul Biya demeure absent du territoire national, une série de nominations militaires stratégiques rappelle que le pouvoir camerounais continue de gouverner à distance. Au-delà de la réorganisation de la hiérarchie militaire, ces décrets révèlent les mécanismes d’un régime qui fait de l’armée le dernier rempart de sa continuité politique.

Loin d’être un simple ajustement administratif, le remaniement opéré au sommet des forces armées camerounaises constitue un acte politique majeur. Les promotions de plusieurs officiers généraux, le renouvellement du commandement territorial et la consolidation de la Garde présidentielle traduisent une volonté manifeste de renforcer l’architecture sécuritaire du régime. Le maintien du général Raymond Jean Charles Beko’o Abondo à la tête de cette unité d’élite, désormais élevée au rang d’un commandement confié à un général de brigade, dépasse la logique militaire : il symbolise la priorité absolue accordée à la protection du pouvoir. Dans un contexte où le chef de l’État est absent du pays, ces décisions rappellent que la stabilité du régime repose avant tout sur la fidélité de l’appareil sécuritaire.

Mais ce remaniement soulève une interrogation plus fondamentale : qui gouverne réellement le Cameroun ? Depuis plusieurs années, les longues absences de Paul Biya alimentent les spéculations sur l’exercice effectif de l’autorité présidentielle. Certes, la Constitution lui confère le pouvoir exclusif de procéder aux nominations militaires, et les décrets publiés portent sa signature. Pourtant, dans un État où l’information institutionnelle demeure parcellaire et où la communication officielle entretient le silence sur les modalités concrètes de la prise de décision, la question de la réalité du commandement reste entière. Les appels de l’opposition à davantage de transparence ne relèvent plus uniquement du débat partisan ; ils touchent désormais au fonctionnement même des institutions de la République.

Cette réorganisation intervient également dans un environnement sécuritaire particulièrement sensible. Entre la menace persistante de Boko Haram dans l’Extrême-Nord, les violences armées dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, ainsi que les défis sécuritaires aux frontières orientales avec la République centrafricaine, le Cameroun demeure confronté à une pluralité de crises. Dans un tel contexte, la centralisation du commandement militaire peut apparaître comme une nécessité stratégique. Toutefois, lorsque la consolidation des structures de sécurité s’effectue sans clarification parallèle de la gouvernance politique, elle nourrit le sentiment que la pérennité du régime prime sur le renforcement des institutions démocratiques. L’armée devient alors non seulement un instrument de défense nationale, mais également un pilier essentiel de la continuité du pouvoir.

En définitive, les décrets présidentiels publiés en l’absence de Paul Biya illustrent la singularité d’un système politique où la permanence de l’État semble désormais davantage assurée par la solidité de son appareil militaire que par la visibilité de son leadership civil. Cette démonstration de force rassurera sans doute les cercles du pouvoir, mais elle ne dissipera ni les interrogations sur la succession présidentielle ni les attentes d’une gouvernance plus transparente. À quelques mois d’échéances politiques décisives, le Cameroun donne une nouvelle fois l’image d’un État où l’ordre est soigneusement organisé, tandis que l’incertitude politique demeure, elle, profondément installée.

La Rédaction

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