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Bikenge en cendres : quand l’anarchie urbaine devient un piège mortel

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

À Bikenge, dans le territoire de Kasongo, le feu n’a pas seulement dévoré des maisons : il a mis à nu la vulnérabilité de populations abandonnées face aux risques urbains et au désordre des constructions.

Samedi 12 septembre, vers 14h45, un incendie parti d’un hôtel en bois sur l’avenue Neema a transformé Bikenge en un immense brasier. En quelques heures, 16 parcelles et plus de 50 maisonnettes, dont une dizaine de commerces, ont été réduites en cendres. Aucun mort n’est heureusement signalé, mais derrière ce bilan matériel se dessine une tragédie sociale : des familles ont tout perdu.

Le feu, lui, n’a fait que révéler une faiblesse plus profonde. Constructions anarchiques, matériaux hautement inflammables, absence apparente de dispositifs efficaces de lutte contre les incendies : à Bikenge comme dans tant d’autres localités congolaises, l’habitat peut devenir un piège lorsque l’aménagement du territoire est laissé au hasard. Une étincelle suffit alors pour transformer un quartier en enfer.

Mais après les flammes viendra l’épreuve la plus silencieuse : celle des familles sans toit, des commerçants privés de leurs marchandises et des petits entrepreneurs qui voient disparaître en quelques minutes le fruit de plusieurs années d’efforts. L’appel de Mandevu Dieudonné Martin Fils, de la Société civile « Mbombokis Bikenge », doit être entendu. L’urgence n’est pas seulement de compter les pertes, mais de protéger et reloger les sinistrés.

Les autorités provinciales et nationales doivent sortir de la logique du secours ponctuel. Chaque incendie de grande ampleur devrait être considéré comme un signal d’alarme sur l’état de nos villes et de nos villages. Il faut enquêter sur l’origine du sinistre, établir un bilan transparent, organiser une assistance immédiate et surtout repenser l’aménagement de Bikenge : accès pour les secours, prévention, normes de construction et équipements de lutte contre les incendies.

Bikenge brûle aujourd’hui, mais le problème dépasse largement Bikenge. Combien de maisons faudra-t-il encore voir partir en fumée pour comprendre que prévenir coûte moins cher que reconstruire ? Le Congo ne peut plus attendre les flammes pour découvrir les failles de son urbanisme. Derrière chaque incendie, il y a des vies bouleversées, des économies familiales anéanties et une responsabilité collective. L’heure n’est plus aux constats : il faut agir avant que la prochaine étincelle ne trouve, elle aussi, un territoire sans défense.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

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