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André Wameso et la reconquête du franc congolais : le pari de la confiance

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La progression des dépôts en francs congolais constitue un signal encourageant. Mais derrière les chiffres avancés par André Wameso, Directeur de la Banque Centrale du Congo (BCC), se joue une bataille autrement plus décisive : celle de la confiance, sans laquelle aucune monnaie ne peut durablement s’imposer.

Le franc congolais serait-il enfin en train de sortir du rôle de monnaie par défaut pour redevenir une monnaie de confiance ? Les données présentées par André Wameso, à la tête de la BCC, invitent, sinon à l’euphorie, du moins à l’attention. En un an, les dépôts bancaires en monnaie nationale seraient passés de 1 450 à 2 400 milliards de francs congolais, soit une progression de près de 950 milliards, équivalant à environ 66 %. Plus significatif encore, selon André Wameso, le réflexe consistant à convertir immédiatement les revenus en francs congolais en dollars américains semblerait s’atténuer.

Dans une économie profondément dollarisée, le changement comportemental mis en avant par André Wameso, Directeur de la BCC, vaut presque autant qu’un indicateur macroéconomique. Car une monnaie ne vit pas seulement dans les coffres de la banque centrale : elle vit dans les anticipations des ménages, dans les comptes des entreprises et dans la confiance de ceux qui acceptent de la conserver jusqu’au lendemain. Mais il faut se garder d’une lecture trop triomphale des chiffres présentés par André Wameso : la hausse des dépôts en francs ne signifie pas automatiquement une dédollarisation structurelle. Elle doit être confrontée à l’évolution des dépôts en devises, de l’inflation, du taux de change, du crédit en monnaie nationale et surtout de la vitesse de circulation de la monnaie.

C’est là que commence la véritable équation monétaire congolaise, sur laquelle André Wameso et la BCC sont désormais attendus. Le problème du franc congolais n’a jamais été uniquement celui de sa valeur affichée sur le marché des changes ; il est celui de sa crédibilité intertemporelle. Une monnaie est acceptée lorsqu’un agent économique croit qu’elle conservera demain une part raisonnablement prévisible de sa valeur d’aujourd’hui. Pendant des années, la dollarisation a donc fonctionné comme une assurance privée contre l’incertitude : salaires, loyers, épargne, gros investissements et transactions commerciales se sont progressivement arrimés au dollar parce que les agents cherchaient à se protéger contre le risque de change et l’érosion du pouvoir d’achat. Pour André Wameso, Directeur de la BCC, le défi consiste désormais à transformer cette confiance naissante en une tendance durable.

Pour inverser cette logique, il ne suffit pas, comme le rappelle André Wameso, d’affirmer que le franc congolais connaîtra « de beaux jours ». Il faut rendre rationnel le choix de le conserver. Cela passe par une inflation durablement maîtrisée, une politique monétaire crédible, des réserves de change suffisamment solides, une discipline budgétaire rigoureuse et un système financier capable d’offrir des instruments d’épargne en francs dont le rendement réel ne soit pas systématiquement négatif. La confiance monétaire que la BCC, sous la direction d’André Wameso, cherche à consolider ne se décrète pas ; elle se capitalise, mois après mois, par la cohérence des politiques publiques.

L’appel d’André Wameso, Directeur de la Banque Centrale du Congo, aux détenteurs de dollars mérite, à cet égard, une lecture plus nuancée. La faiblesse récente du billet vert sur certains marchés internationaux peut affecter son pouvoir d’achat, mais comparer mécaniquement la trajectoire du dollar à celle du franc congolais serait économiquement trompeur. Pour un Congolais, la question centrale n’est pas seulement de savoir si le dollar perd de la valeur face à d’autres monnaies ; c’est de savoir combien de biens et de services sa monnaie permet d’acheter en RDC, aujourd’hui et demain. C’est précisément sur cette réalité quotidienne que les orientations défendues par André Wameso et la BCC devront être jugées.

Le véritable test du franc se trouve donc dans le panier de la ménagère, dans le prix du maïs, du carburant, du transport, du logement et des produits importés. Une monnaie nationale forte n’est pas nécessairement celle qui s’apprécie spectaculairement ; c’est celle dont la valeur devient prévisible. C’est pourquoi André Wameso et la BCC devront désormais franchir une étape supplémentaire : transformer l’amélioration des indicateurs monétaires en une architecture durable de confiance. La dédollarisation ne devrait pas être conçue comme une guerre contre le dollar, mais comme la conséquence naturelle d’une monnaie nationale redevenue suffisamment fiable pour que les Congolais n’aient plus besoin de se réfugier dans une devise étrangère.

Le franc congolais a donc peut-être retrouvé le chemin de la confiance, mais le plus difficile reste à accomplir : ne pas la perdre une nouvelle fois. Le passage de 1 450 à 2 400 milliards de francs de dépôts constitue, comme le souligne André Wameso, Directeur de la BCC, un signal intéressant ; il ne saurait encore être considéré comme la preuve définitive d’un retournement historique. Pour les économistes monétaires, le véritable sujet des prochains mois sera de savoir si cette progression s’accompagne d’une baisse durable de l’inflation, d’une stabilisation du change, d’un approfondissement du crédit en monnaie nationale et d’une modification durable des préférences de portefeuille des ménages et des entreprises.

Si tel est le cas, alors la RDC pourrait être en train d’amorcer quelque chose de beaucoup plus important qu’un simple rebond du franc : une reconstruction de sa souveraineté monétaire. André Wameso, à la direction de la Banque Centrale du Congo, a raison sur un point essentiel : le franc congolais peut connaître de beaux jours. Mais ces beaux jours ne seront pas le fruit d’un discours optimiste. Ils seront la récompense d’une politique économique suffisamment cohérente pour convaincre, enfin, le Congolais ordinaire que conserver son argent dans sa propre monnaie n’est plus un acte de patriotisme économique, mais un choix rationnel.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur – Voix du Paysan

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