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PNL : quand la conservation cesse de se faire sans les communautés

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

À Kindu, quatre jours de formation posent une question aussi simple que dérangeante : peut-on protéger durablement la nature sans transformer les communautés riveraines en véritables partenaires de sa conservation ?

Dans la salle Procure de Kindu, la conservation change de langage. Animé par Monsieur Radar Nishuli, Directeur Pays de FZS et Directeur Chef de Site du PNL, l’atelier de renforcement des capacités ne se contente pas d’aligner des concepts techniques. Zone tampon, attitudes, comportements, adhésion aux projets : derrière ces mots se joue une bataille plus profonde, celle de la confiance entre les acteurs de la conservation et les populations qui vivent au quotidien au contact des espaces à protéger.

Le Comité Villageois de Surveillance (CVS) occupe une place centrale dans cette réflexion. Son importance, ses responsabilités, mais aussi ses limites rappellent une évidence trop souvent oubliée : la surveillance ne peut être efficace si elle repose uniquement sur des dispositifs institutionnels. Encore faut-il que les communautés comprennent les enjeux, participent aux décisions et trouvent leur intérêt dans la protection de leur environnement. Sans cette appropriation, la conservation risque de rester une affaire d’administrations face à des populations considérées comme de simples bénéficiaires — voire comme des menaces.

L’atelier s’attarde également sur le protocole d’installation communautaire, modèle RDC, avec les différentes étapes du CLIP, l’équilibre ethnique, la formalisation, la triangulation et la collaboration avec le CLD. Ces mécanismes ne sont pas de simples procédures bureaucratiques : ils touchent à la représentation, à la légitimité et à la capacité des communautés à peser sur les décisions qui concernent leur territoire. La conservation durable commence aussi par une question fondamentale : qui parle au nom de la communauté, qui décide, et qui bénéficie réellement des efforts de protection ?

Puis vient la phrase qui dérange, celle qui mérite de survivre à l’atelier : « L’homme pour qui nous protégeons la nature est curieusement le destructeur de ce que nous protégeons pour lui. Que faire de lui ? » Tout le paradoxe de la conservation est là. Protéger la nature contre l’homme tout en prétendant la protéger pour l’homme conduit à une impasse. La réponse ne peut donc être de désigner éternellement un coupable, mais de comprendre les causes de la destruction, les contraintes économiques, les pratiques locales et les frustrations accumulées.

À Kindu, l’enjeu dépasse ainsi quatre jours de formation. Il touche au cœur même de la conservation en RDC : faire des communautés non plus des spectateurs, des suspects ou des exécutants, mais des acteurs de la solution. Car une forêt que l’on protège contre ceux qui l’habitent peut être surveillée ; une forêt que ceux qui l’habitent ont intérêt à protéger peut, elle, devenir durablement défendue. La véritable victoire de la conservation ne sera pas seulement de préserver des arbres, des espèces ou des territoires : elle sera de faire de la protection de la nature une cause partagée.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

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