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À Bunyakiri, dans le territoire de Kalehe, la pluie n’a pas seulement arrosé la terre : elle a emporté des vies. Dans la nuit du 28 au 29 juillet, un violent orage a coûté la vie à deux personnes et laissé un enfant grièvement blessé, tandis que des champs ont été ravagés et des ponts arrachés par les eaux, selon des sources locales. Derrière le bilan humain se dessine une réalité plus profonde : celle d’un territoire où chaque intempérie se transforme en catastrophe, non parce que la nature est plus cruelle qu’ailleurs, mais parce que les fragilités accumulées rendent chaque choc dévastateur.
Les ponts détruits dans les aires de santé de Tushunguti et de Mianda ne sont pas seulement des ouvrages emportés par les flots ; ils étaient les derniers fils reliant des communautés déjà éprouvées par l’insécurité, la pauvreté et l’isolement. Lorsqu’une rivière coupe la route, ce sont les malades qui n’atteignent plus les centres de santé, les cultivateurs qui perdent leurs récoltes et les secours qui arrivent trop tard. Dans ces régions, les infrastructures ne cèdent pas uniquement sous la force des eaux : elles s’effondrent aussi sous le poids de décennies d’insuffisance d’investissements et d’anticipation.
Le drame de Bunyakiri rappelle avec brutalité que le changement climatique n’est plus une hypothèse scientifique réservée aux conférences internationales. Il s’incarne désormais dans des pluies plus violentes, des saisons imprévisibles et des populations qui paient le prix fort sans avoir contribué à la crise climatique mondiale. Pourtant, réduire cette tragédie à un simple caprice météorologique serait une erreur. Une catastrophe naturelle ne devient un désastre humain que lorsque la vulnérabilité des populations rencontre l’absence de prévention, d’aménagement du territoire et de politiques publiques adaptées.
Au-delà de l’émotion légitime, Bunyakiri lance une interpellation à l’État, aux partenaires humanitaires et aux décideurs. Les condoléances ne reconstruisent ni les ponts ni les existences brisées. Il est temps que les territoires les plus exposés cessent d’être administrés dans l’urgence permanente et soient enfin intégrés dans une véritable stratégie de résilience. Car, au Sud-Kivu, les orages passent, mais l’abandon, lui, demeure — et c’est peut-être cette permanence qui constitue la plus redoutable des tempêtes.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan
À Bunyakiri, la pluie ne tombe plus : elle condamne — quand chaque orage révèle l’abandon silencieux des territoires oubliés du Sud-Kivu