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Mambasa : des salles de classe transformées en abris, l’école attend désormais son tour

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Relocalisés à Makoko avec l’appui des autorités, les déplacés pygmées d’Avakubi quittent enfin l’école qui les hébergeait. Mais derrière ce soulagement se pose une question plus dérangeante : pourquoi faut-il encore choisir entre mettre des familles à l’abri et rendre une école aux enfants ?

Pendant plusieurs semaines, l’École primaire Avakubi, dans le territoire de Mambasa, a cessé d’être seulement un lieu d’apprentissage. Ses salles de classe sont devenues un refuge pour des familles déplacées issues des peuples autochtones pygmées, contraintes de chercher protection loin de leurs lieux de vie. Leur relocalisation vers CCA 20 Makoko, dans la chefferie de Babila Bakwanza, apporte un premier soulagement. Mais elle rappelle surtout une réalité que les chiffres et les communiqués administratifs ne doivent pas masquer : derrière chaque déplacement se trouve une population qui a perdu bien plus qu’un toit.

L’appui du gouverneur militaire de l’Ituri, le Général-Major Gaby Kasongo Mulumba, notamment à travers la mise à disposition de bâches, constitue une réponse concrète aux besoins immédiats des familles relocalisées. L’administrateur policier de Mambasa, Matadi Muyapendi Jean-Baptiste, a insisté sur la nécessité de préserver ces moyens d’hébergement et de ne pas les vendre. Le message est légitime. Mais il serait tout aussi nécessaire de rappeler que ces familles ne devraient pas avoir à choisir entre une bâche fragile et l’absence totale d’alternative. L’urgence humanitaire ne peut devenir une normalité administrative.

Car à Avakubi, une autre urgence pointe déjà le bout du nez : celle de l’école. Le directeur Makanila Masi Martin se réjouit de retrouver ses locaux, mais demande leur désinfection avant la reprise des cours. Une demande simple, presque élémentaire. Des enfants vont bientôt reprendre le chemin des classes ; ils doivent pouvoir retrouver des salles propres, sûres et dignes. Une école ne peut pas être rendue aux élèves comme on referme simplement la porte derrière les derniers occupants. Il faut nettoyer, désinfecter, vérifier et, surtout, tirer les leçons de cette expérience.

À Mambasa, le déplacement des populations ne doit pas déplacer les responsabilités. Reloger les familles est une étape ; garantir leur sécurité, leur dignité et leur accès aux services essentiels en est une autre. Les peuples autochtones pygmées, déjà confrontés à de multiples vulnérabilités, ne peuvent être considérés uniquement comme des bénéficiaires de bâches ou de secours ponctuels. Ils ont besoin d’une prise en charge qui dépasse l’urgence : protection, accès à l’éducation, soins, eau, assainissement et perspectives de retour ou d’installation durable dans des conditions dignes.

L’EP Avakubi va retrouver ses élèves, et c’est une bonne nouvelle. Mais que cette rentrée ne serve pas à refermer trop vite le dossier des déplacés. Une salle de classe ne devrait jamais devenir le dernier refuge d’une famille, pas plus qu’une bâche ne devrait constituer l’horizon d’une politique de protection. L’enjeu, désormais, est de faire de Makoko non pas un simple lieu où l’on a déplacé des déplacés, mais un espace où des familles peuvent retrouver sécurité et dignité. Sinon, l’on aura seulement déplacé le problème de quelques kilomètres.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

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