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Invité du jour au webinaire d’Afrikki Network, réseau des jeunes militants africains, Jedidia Mabela a posé une question qui dérange : à quoi doit réellement servir le prochain dialogue en RDC ?
Samedi dernier, au webinaire organisé par Afrikki Network, Jedidia Mabela, invité du jour pour une conversation consacrée au « dialogue national et inclusif face aux crises en RDC », a rappelé une évidence trop souvent oubliée : le dialogue n’est ni un raccourci vers le pouvoir ni une salle de marchandage politique.
Pour Jedidia Mabela, il s’agit d’un mécanisme de gouvernance concertée et de recherche de consensus lorsque l’État traverse une crise profonde, sans que le dialogue ne puisse se substituer aux institutions républicaines. Inclusion, pacte républicain, impartialité de la facilitation, responsabilité et primauté de l’intérêt général doivent en constituer les garde-fous.
En revisitant, avec Jedidia Mabela, les grandes séquences de l’histoire politique congolaise — de la Conférence nationale souveraine au dialogue intercongolais de Sun City, jusqu’à l’accord de la Saint-Sylvestre — une constante s’impose : au Congo, les dialogues ont souvent été capables de produire des compromis politiques, mais beaucoup moins de transformer durablement ces compromis en solutions nationales. Jedidia Mabela souligne ainsi le vieux piège du « partage du gâteau », lorsque les intérêts des formations politiques prennent le dessus sur les attentes d’une population épuisée par les crises, l’insécurité et la précarité.
Pour Jedidia Mabela, l’autre faiblesse se trouve dans l’après-dialogue. Une résolution sans mécanisme de suivi, sans évaluation et sans vigilance citoyenne demeure une promesse suspendue dans le vide. L’appropriation populaire ne peut donc être un décor du processus : elle doit en être la force de contrôle. Avant, pendant et après les discussions, la société civile doit empêcher que le peuple soit réduit au rôle de spectateur pendant que les élites négocient son avenir à huis clos.
Le prochain dialogue, estime Jedidia Mabela, ne devrait donc pas avoir pour horizon la redistribution des postes, mais deux urgences historiques : la pacification de l’Est et la consolidation de l’alternance démocratique. Il doit contribuer à restaurer l’intégrité territoriale, à créer les conditions d’une paix durable et à préparer des élections crédibles, dans le strict respect de la Constitution du 18 février 2006. Autrement dit, le dialogue ne peut être une parenthèse institutionnelle destinée à prolonger les arrangements du pouvoir ; il doit être un instrument au service de la République.
C’est précisément là que Jedidia Mabela place la responsabilité de la société civile congolaise : non pas applaudir le dialogue, mais l’influencer. Mobiliser, documenter, surveiller, interpeller et maintenir la pression citoyenne pour que les priorités nationales ne soient pas confisquées par les calculs des acteurs politiques. Le message porté par Jedidia Mabela au webinaire d’Afrikki Network est finalement aussi simple que tranchant : si le dialogue doit encore avoir lieu, qu’il serve d’abord à faire taire les armes, protéger l’intégrité du territoire et garantir l’alternance démocratique — pas à distribuer les fauteuils autour d’une nouvelle table du pouvoir.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan
Jedidia Mabela : le dialogue national ne doit pas devenir le partage du gâteau