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Sud-Kivu, RDC – Dans l’Est de la République Démocratique du Congo, le Parc National de Kahuzi-Biega (PNKB), classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, subit une destruction silencieuse mais alarmante. Entre conflits armés et exploitation illégale des ressources naturelles, ce sanctuaire de biodiversité est aujourd’hui gravement menacé.
Depuis l’arrivée des rebelles de l’Alliance des Forces pour le Changement (AFC-M23) dans la province du Sud-Kivu en février dernier, la situation s’est nettement détériorée. Dans le territoire de Kalehe, notamment dans le groupement de Kalonge sur les hauteurs du Mont Biéga, entre Kasirusiru et Mahema, plus d’un demi-hectare de forêt aurait été détruit, selon Bijiro Kaberha, environnementaliste et défenseur du parc.
« Les éco-gardes ont dû fuir après les affrontements. Leur poste est désormais occupé par des miliciens armés qui brûlent les arbres et les exploitent massivement. Si rien n’est fait d’urgence, les conséquences seront irréversibles », alerte-t-il après une mission sur le terrain.
Une exploitation forestière encouragée par l’insécurité
L’intensification des combats entre les FARDC et le M23 a rendu plusieurs zones du parc inaccessibles aux services de surveillance écologique. Cette absence de contrôle a ouvert la voie à une exploitation illégale à grande échelle : des arbres centenaires sont coupés, transformés en charbon ou en planches, en toute impunité.
Kabare pointé du doigt
Si à Kalonge, la population a été bien sensibilisée et encadrée par le chef de groupement pour ne pas pénétrer dans le parc — une initiative respectée par la majorité — il n’en est pas de même dans le territoire voisin de Kabare. D’après plusieurs témoignages, certains habitants de Kabare traversent illégalement les limites du PNKB pour abattre des arbres dans les zones de Kalonge.
Pire encore, un marché de charbon de bois (« makala ») se serait érigé en toute illégalité près de la rivière de Murhesa, à proximité immédiate du parc, favorisant un commerce lucratif alimenté par la déforestation.
« Les Barogero ont fait preuve de discipline en respectant les consignes, contrairement à certains groupes venus de Kabare qui continuent à dévaster nos terres », témoigne un notable local.
Une biodiversité en péril
Le PNKB abrite les derniers gorilles de plaine de l’Est. Leur habitat naturel est aujourd’hui morcelé, fragmenté par les coupes illégales et les feux volontaires. Au-delà des gorilles, c’est tout l’écosystème régional — faune, flore et équilibres climatiques — qui est en danger.
Appel à l’action
Face à l’ampleur des dégâts, les organisations environnementales exhortent l’État congolais, les agences internationales et les partenaires du PNKB à :
Sécuriser les zones forestières sensibles, rétablir la présence effective des éco-gardes, engager des poursuites contre les auteurs de ces crimes environnementaux.
Le silence autour de cette catastrophe écologique risque de coûter cher. Quand les armes se taisent, la forêt doit encore pouvoir respirer.