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Anas Seko : dix heures pour ramasser des déchets, et réveiller l’éco-citoyen qui sommeille en chacun

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

Dix heures, 288,5 kg de déchets et des milliers de déchets recensés : derrière le défi relevé par Anas Seko se dessine une réalité plus profonde, celle d’une société confrontée à l’urgence de repenser son rapport aux déchets et à son environnement.

Le défi d’Anas Seko n’était pas qu’une affaire d’endurance physique. Pendant dix heures, avec sa binôme Fémi, il a choisi de transformer l’effort en message, la collecte en outil de sensibilisation et le terrain en espace d’apprentissage citoyen. Sous un soleil éprouvant, entre midi et 15 heures notamment, lorsque les jambes deviennent lourdes et que la fatigue commande de ralentir, Anas Seko a continué. Non pour battre un quelconque record, mais pour rappeler qu’en matière d’environnement, l’indifférence coûte toujours plus cher que l’engagement.

Et les chiffres donnent le vertige. L’audit conduit par VEDI Action et des bénévoles a recensé 4 248 sacs plastiques, 1 722 sachets d’eau, 1 712 bouteilles en plastique, 1 247 emballages de détergent OMO Klin, 590 déchets textiles, 378 plastiques divers et 128 chaussures, pour un poids total de 288,5 kg. Derrière chaque sac, chaque bouteille et chaque sachet se cache une question que le challenge d’Anas Seko pose sans détour : combien de temps encore nos villes pourront-elles absorber une production de déchets qui dépasse leurs capacités de gestion ?

Mais le véritable résultat du challenge d’Anas Seko ne se mesure pas uniquement à la balance. Il se lit dans les gestes de ceux qui sont venus spontanément encourager les participants, dans ces enfants qui ont parfois pris part à la collecte, dans cette mobilisation des communautés et des citoyens autour de l’éco-citoyenneté. C’est là que l’initiative prend une autre dimension : elle montre qu’une action concrète peut provoquer une prise de conscience, et qu’un citoyen qui agit peut en entraîner d’autres dans son sillage.

Anas Seko le dit lui-même : « le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas ». La formule résume l’enjeu. Ramasser est nécessaire, mais ramasser indéfiniment ne saurait constituer une politique environnementale. Il faut prévenir, réduire à la source, limiter les produits à usage unique et revoir nos habitudes de consommation. Car avant de devenir un déchet, chaque objet a mobilisé des matières premières, de l’eau, de l’énergie et du travail. Le challenge d’Anas Seko aura donc servi à déplacer le regard : de la simple propreté vers la responsabilité, de la collecte vers la prévention, et de la sensibilisation vers l’éco-citoyenneté.

Dix heures auront suffi à Anas Seko pour démontrer qu’un défi individuel peut devenir une interpellation collective. Engagement, dépassement, sensibilisation : trois mots pour résumer l’expérience, mais surtout trois exigences pour la suite. Car le défi est terminé, pas le combat. Les données recueillies doivent désormais nourrir le plaidoyer, la sensibilisation et l’action citoyenne. Si Anas Seko ne souhaite pas reproduire ce challenge, c’est précisément parce que son ambition dépasse les dix heures : faire de l’éco-citoyenneté non pas un événement ponctuel, mais une habitude collective.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

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