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Café du kivu : ces femmes qui font pousser l’économie rurale

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

Derrière chaque tasse de café congolais, il y a des terres, des familles et surtout des femmes qui travaillent sans relâche pour faire vivre les campagnes.

Ce 1er octobre, Journée internationale du café, le regard ne devrait pas seulement se poser sur la tasse fumante servie dans les grandes villes ou sur les marchés internationaux. Il devrait revenir vers les collines du Kivu, là où le café se plante, se récolte, se trie et se sèche à la force des bras. Dans ces territoires ruraux, la caféiculture constitue pour de nombreuses familles une source de revenus essentielle. Et au cœur de cette économie discrète, les femmes occupent une place déterminante, souvent loin des projecteurs et de la reconnaissance qu’elles méritent.

Elles travaillent dans les champs, participent à la récolte, au tri, au séchage et à la transformation, tout en assumant une grande partie des responsabilités familiales. Pour beaucoup d’entre elles, le café n’est donc pas une simple culture commerciale : c’est une école de résilience et un moyen de financer la scolarité des enfants, l’alimentation du ménage, les soins de santé ou encore de petites activités génératrices de revenus. Mais comment parler de développement rural lorsque celles qui produisent une richesse aussi précieuse restent confrontées à l’accès limité au financement, aux marchés et aux infrastructures ?

Le paradoxe est là : le café congolais peut séduire les consommateurs et les acheteurs internationaux, tandis que celles qui contribuent à le produire continuent souvent de vivre avec des revenus fragiles. Entre les difficultés d’écoulement, les fluctuations des prix, le manque de transformation locale et les effets des changements climatiques, la valeur créée ne revient pas toujours à hauteur du travail fourni. Le café peut donc être exporté loin, mais la pauvreté, elle, reste parfois au village. C’est précisément cette équation qu’il faut interroger.

Valoriser le café congolais doit ainsi signifier davantage que rechercher une place sur les marchés internationaux. Cela doit aussi vouloir dire renforcer les coopératives, faciliter l’accès des femmes au financement et à la propriété, soutenir la transformation locale, améliorer les infrastructures rurales et garantir aux producteurs une rémunération plus juste. Car lorsque la femme caféicultrice gagne mieux sa vie, c’est toute une économie familiale qui respire ; lorsqu’elle accède aux moyens de production et aux marchés, c’est tout un territoire qui gagne en autonomie.

En cette Journée internationale du café, le véritable hommage ne devrait donc pas s’arrêter au parfum d’un bon arabica. Il devrait commencer dans les champs, auprès de ces femmes qui, graine après graine, font pousser bien plus que du café : elles font pousser des familles, des revenus, de l’espoir et l’avenir du monde rural. La question est désormais posée aux pouvoirs publics, aux coopératives, aux acheteurs et aux consommateurs : combien sommes-nous prêts à reconnaître, concrètement, le travail de celles qui donnent au café congolais son goût, sa valeur et son histoire ?

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

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