Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.
À l’occasion des Journées internationales des femmes rurales du 15 octobre et mondiale de l’alimentation du 16 octobre 2026, le GIRENAD dénonce un paradoxe révoltant : celles qui nourrissent les communautés du Nord-Kivu et de l’Ituri sont aussi celles que la guerre, les mines et les accaparements fonciers condamnent à la précarité.
Le 15 octobre 2026, Journée internationale des femmes rurales, puis le 16 octobre, Journée mondiale de l’alimentation, le GIRENAD (Groupe d’Appui à la Gestion Intégrée des Ressources Naturelles pour les Droits Humains et le Développement Durable) a choisi de crever l’abcès d’une injustice que les discours officiels sur le développement durable peinent à masquer. Selon les données de la FAO rappelées par l’organisation, les femmes rurales représentent plus d’un quart de la population mondiale et assurent 43 % de la main-d’œuvre agricole dans les pays en développement, tandis que 76 % des personnes extrêmement pauvres vivent en milieu rural. Pourtant, à Lubero-Beni, au Nord-Kivu, comme à Irumu-Mambasa, en Ituri, ces femmes restent exposées aux expropriations, aux déplacements forcés et à la destruction de leurs moyens de subsistance. Le GIRENAD pose ainsi une question brutale : quelle souveraineté alimentaire peut-on prétendre bâtir lorsque celles qui cultivent la terre sont privées du droit de la posséder, de l’exploiter et d’en transmettre les richesses ?

Derrière les promesses d’investissements et les proclamations sur l’innovation agricole, le GIRENAD met en lumière une mécanique prédatrice où la terre nourrit davantage les convoitises que les populations. L’exploitation minière artisanale dégrade les sols et pollue les cours d’eau ; les coupes abusives de bois dévorent les forêts dont dépendent les peuples autochtones ; l’extension de certaines concessions agricoles rétrécit les espaces consacrés aux cultures vivrières. À cette pression économique s’ajoute la violence des groupes armés, qui chasse des familles entières de leurs terroirs et plonge particulièrement les femmes pygmées dans une vulnérabilité extrême. Pour le GIRENAD, il ne s’agit pas d’un simple accident du développement, mais d’une contradiction politique majeure : comment invoquer la croissance tout en détruisant les fondements écologiques et sociaux qui la rendent possible ? Lorsqu’un champ disparaît sous une concession, qu’une forêt devient inaccessible ou qu’une famille fuit sous la menace des armes, ce n’est pas seulement une parcelle qui est perdue : c’est un repas, un revenu, une mémoire et parfois tout un avenir.

Le plus révoltant, souligne le GIRENAD, est que cette dépossession se déroule malgré l’existence de textes censés protéger les communautés locales et les peuples autochtones pygmées. Le droit à un environnement sain, l’accès à l’information, la participation aux décisions et la protection des droits fonciers ne devraient pas rester des formules élégantes dans les lois, pendant que les femmes voient leur patrimoine disparaître dans l’indifférence. À quoi servent les garanties juridiques si les premières concernées ignorent les mécanismes permettant de les faire respecter, si les consultations sont escamotées et si les violations ne débouchent pas sur des poursuites crédibles ? Le GIRENAD interpelle les autorités nationales et provinciales : la loi doit-elle protéger les communautés ou seulement rassurer les investisseurs ? La corruption, l’impunité et l’absence de documentation rigoureuse des abus ne sont pas des détails administratifs ; elles constituent le terreau sur lequel prospèrent les injustices foncières. Sans accès à la justice, la femme rurale demeure juridiquement citoyenne, mais économiquement dépossédée et politiquement invisible.

Face à cette réalité, le GIRENAD refuse de réduire l’innovation à des semences améliorées, des équipements modernes ou des techniques de production importées. Innover, c’est aussi reconnaître les savoirs écologiques des femmes, valoriser l’expérience forestière des peuples autochtones pygmées et leur donner les moyens de participer aux décisions qui engagent leur avenir. Mais aucune technologie ne peut compenser l’absence de paix, aucun programme agricole ne peut prospérer sur une terre dont l’accès est menacé, et aucune distribution d’intrants ne saurait remplacer le droit de cultiver sans craindre l’expulsion. Le GIRENAD appelle donc le gouvernement congolais à restaurer la sécurité, à faciliter la sécurisation foncière collective, à suspendre les concessions qui empiètent sur les espaces communautaires sans consentement libre, informé et préalable, et à soutenir une agriculture résiliente au changement climatique. Aux partenaires et aux organisations de la société civile, il demande de renforcer l’accompagnement juridique des femmes, y compris celles déplacées, et de soutenir la transformation locale des produits agricoles. Le GIRENAD rappelle ainsi une vérité élémentaire : on ne peut demander aux femmes de nourrir la nation tout en leur retirant les moyens de le faire.

Au-delà des commémorations des 15 et 16 octobre 2026, le GIRENAD exige que les engagements cessent d’être des slogans saisonniers pour devenir des décisions mesurables, financées et contrôlées. Le gouvernement, les autorités provinciales et les exploitants doivent répondre d’une question simple : qui bénéficie réellement des richesses du Nord-Kivu et de l’Ituri, lorsque les communautés qui vivent sur ces terres en paient le prix humain et environnemental ? La femme rurale ne réclame ni charité ni compassion de circonstance ; elle revendique des droits, une terre sécurisée, la justice et la possibilité de transmettre un patrimoine vivant à ses enfants. Pour le GIRENAD, la souveraineté alimentaire ne se décrète pas depuis les bureaux : elle se construit dans les champs, les forêts et les villages, avec celles qui produisent, transforment et nourrissent. Tant que les femmes autochtones pygmées et locales seront chassées de leurs terres par la guerre, les intérêts miniers ou les accaparements fonciers, parler de développement durable relèvera d’une dangereuse imposture. Le GIRENAD lance un avertissement : une nation qui dépouille ses femmes de la terre qui les nourrit prépare sa propre insécurité alimentaire.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan