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Bukavu : quand construire devient un risque

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À Bukavu, l’urbanisation se heurte désormais à une réalité que l’on ne peut plus repousser : certains terrains ne sont pas faits pour accueillir des maisons. Entre risques naturels, incendies et pression foncière, l’heure est venue de choisir entre l’urgence de bâtir et le devoir de protéger des vies.

Le gouverneur du Sud-Kivu, Patrick Busu Bwangwi, vient de jeter un pavé dans la mare urbaine de Bukavu. Par un arrêté rendu public le 17 septembre, plusieurs sites des communes de Bagira, Ibanda et Kadutu sont déclarés impropres à la construction. Proximité du lac Kivu, de la Ruzizi, des routes et autres zones sensibles : la ville découvre, parfois brutalement, les limites d’une urbanisation longtemps livrée à elle-même.

À Kadutu, le couperet est particulièrement lourd : les habitants concernés disposent de trente jours pour démolir leurs habitations. Après ce délai, les pouvoirs publics pourront intervenir aux frais des propriétaires. Derrière le langage administratif, il y a pourtant des familles, des économies englouties dans des murs et des vies qui risquent de basculer. Une démolition peut être nécessaire pour prévenir un drame, mais elle ne saurait être menée sans humanité, information et accompagnement.

L’interdiction de reconstruire sur les sites ravagés par les incendies est également un signal fort. Après le feu, la tentation est souvent de rebâtir vite, comme si les flammes n’avaient rien enseigné. Or une ville ne se sécurise pas en remplaçant simplement les tôles et les briques. Elle se sécurise par des études sérieuses, une planification rigoureuse, des normes respectées et une autorité capable de dire non lorsque le terrain menace déjà ceux qui l’occupent.

Mais Bukavu devra éviter un autre piège : découvrir l’urbanisme au moment des démolitions. Si certaines constructions sont aujourd’hui illégales ou dangereuses, il faut aussi interroger les mécanismes qui ont permis leur implantation. Qui a autorisé ? Qui a vendu ? Qui a fermé les yeux ? Qui a contrôlé ? La responsabilité publique ne commence pas avec la pelleteuse. Elle commence bien avant, au moment où un permis est accordé, où une parcelle est lotie ou lorsqu’une construction manifestement dangereuse apparaît.

La sécurisation annoncée des autres communes peut donc devenir plus qu’une opération de démolition : un véritable tournant dans la gouvernance urbaine de Bukavu. Une ville moderne ne se mesure pas au nombre de maisons qu’elle empile, mais à sa capacité à protéger ceux qui y vivent. L’enjeu désormais est de reconstruire une règle : bâtir, oui ; bâtir n’importe où, non. Bukavu n’a pas seulement besoin de nouvelles maisons. Elle a besoin d’un urbanisme qui ne transforme pas ses quartiers en pièges.

La Rédaction

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