Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.
À Bunia, la bataille contre Ebola s’invite jusque dans les motos et les voitures qui transportent les écoliers. Une mesure sanitaire nécessaire, mais qui risque de faire payer aux familles le prix d’une crise qu’elles n’ont pas choisie.
À Bunia, le moindre siège supplémentaire devient désormais une question de santé publique. En limitant à un élève par moto et à quatre élèves par voiture, la Police nationale congolaise entend réduire les contacts et couper autant que possible les chaînes de transmission d’Ebola. Dans une province déjà meurtrie par l’insécurité et la précarité, le principe peut se comprendre : face à une épidémie, la prévention ne saurait être reléguée au second plan.
Mais derrière les chiffres et les consignes de circulation, il y a une réalité plus rugueuse : celle des parents qui comptent chaque franc avant d’envoyer leurs enfants à l’école. Le transport collectif permettait précisément de diluer les coûts. En le restreignant brutalement, les autorités pourraient transformer une mesure sanitaire en nouvelle charge pour des ménages déjà éprouvés. Protéger les enfants contre Ebola ne doit pas signifier les éloigner indirectement de l’école.
La fermeté des contrôles devra donc s’accompagner d’une réponse sociale. Si l’État interdit une pratique parce qu’elle présente un risque sanitaire, il lui revient aussi de proposer des alternatives accessibles : transport scolaire sécurisé, sensibilisation des conducteurs, respect des mesures d’hygiène et accompagnement des familles vulnérables. La police peut contrôler les routes ; elle ne peut, à elle seule, résoudre l’équation sociale qui se joue derrière chaque moto surchargée.
Car une épidémie ne se combat pas seulement avec des interdictions. Elle se combat aussi avec de la pédagogie, de la confiance et de la solidarité. À Bunia, l’urgence est double : empêcher Ebola de circuler sans laisser la précarité barrer le chemin de l’école. Entre la protection sanitaire et le droit à l’éducation, les autorités doivent refuser de choisir : c’est précisément dans les moments de crise que l’État doit être capable de protéger les deux.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan
Ituri : quand la lutte contre Ebola met le chemin de l’école à l’épreuve