Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.
Entre digitalisation, expertise et contrôle des performances, le partenariat signé entre le PNUD et la BAD veut transformer les priorités gouvernementales en résultats concrets. Mais, en RDC, le véritable défi ne sera pas de multiplier les outils : il sera de faire de l’État une machine capable de tenir ses promesses.
Le 11 août 2026, dans les murs de la Primature, le PNUD et la Banque africaine de développement ont posé les fondations d’un dispositif qui, sur le papier, pourrait changer la manière dont l’État congolais exécute ses grandes décisions. Pendant quinze mois, la Delivery Unit bénéficiera d’un appui institutionnel, numérique et opérationnel destiné à accélérer les réformes et les projets prioritaires du gouvernement. Assistance technique, formations, prestations spécialisées, digitalisation, audits, évaluations : l’arsenal est complet. Mais derrière cette mécanique administrative se cache une question autrement plus politique : la RDC souffre-t-elle encore d’un déficit d’idées, ou surtout d’un déficit d’exécution ?

Car le mal congolais n’est pas nécessairement l’absence de programmes. Depuis des décennies, les plans s’empilent, les stratégies se succèdent et les annonces s’égrènent au rythme des cérémonies officielles. Ce qui manque souvent, c’est le passage du discours au chantier, du chantier au résultat, du résultat à l’impact mesurable sur la vie des citoyens. La Delivery Unit entend précisément occuper cet espace laissé trop longtemps vacant : suivre, mesurer, corriger, rendre compte. Sa responsabilité — identifier les besoins, préparer les termes de référence, valider les livrables et produire les rapports de performance — pourrait ainsi devenir une forme de miroir tendu à l’administration. Un miroir parfois inconfortable, mais indispensable à un État qui veut enfin savoir ce qui fonctionne, ce qui échoue et pourquoi.

Le choix de confier la gestion fiduciaire au PNUD n’est d’ailleurs pas anodin. Dans un environnement où la confiance dans la gestion des ressources publiques demeure une question centrale, la conformité, la transparence et la redevabilité ne peuvent être reléguées aux annexes techniques d’un accord. Elles doivent en constituer la colonne vertébrale. Le risque serait autrement de créer une nouvelle structure, avec de nouveaux consultants, de nouveaux ateliers et de nouveaux rapports, sans que la réalité administrative ne change d’un millimètre. La RDC n’a pas besoin d’une usine supplémentaire à produire des documents ; elle a besoin d’une administration capable de produire des résultats. La digitalisation ne doit donc pas seulement moderniser les procédures : elle doit réduire les lenteurs, limiter les zones d’opacité et rapprocher la décision publique du citoyen.

La présentation officielle de l’accord à la Première ministre, prévue le 13 août, ouvre ainsi une séquence dont l’enjeu dépasse largement la signature d’un partenariat. La réussite de cette initiative se mesurera moins au nombre d’ateliers organisés qu’au nombre de réformes effectivement réalisées, de projets débloqués, de services améliorés et d’engagements tenus. La Delivery Unit devra résister à la tentation de devenir une énième cellule de la République vivant dans l’ombre des administrations qu’elle est censée aider à transformer. Elle devra être le lieu où les promesses gouvernementales rencontrent enfin l’épreuve du réel. À Kinshasa, les Congolais ont entendu suffisamment de plans, de programmes et de feuilles de route. Ils attendent désormais autre chose : des routes qui avancent, des services qui répondent, des réformes qui aboutissent et un État qui, au-delà des signatures et des cérémonies, apprend enfin à tenir parole.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan.