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À Goma, des citoyens tirent la sonnette d’alarme face à une pollution longtemps invisible : celle des cartes SIM usagées. Derrière ces minuscules objets qui connectent des milliards d’individus se cache une autre réalité, faite de plastique, de métaux, de déchets et d’une responsabilité environnementale encore trop peu assumée.
Chaque jour, des cartes SIM changent de mains, de téléphones et d’utilisateurs. Quelques grammes de plastique à peine, une puce presque imperceptible, et pourtant une empreinte qui, multipliée par des milliards d’exemplaires, cesse d’être anecdotique. On estime à plus de 4 milliards le nombre de cartes SIM produites chaque année, générant près de 20 000 tonnes de déchets plastiques, auxquelles s’ajoute une importante empreinte carbone liée à l’extraction des matières premières, à la fabrication des puces, aux emballages et au transport.
Le paradoxe est saisissant : une technologie conçue pour rapprocher les hommes contribue, par son modèle matériel, à éloigner un peu plus nos sociétés d’une planète soutenable. Le plastique des cartes et de leurs supports peut persister pendant des décennies, voire davantage, tandis que les composants électroniques et les métaux qu’elles contiennent peuvent devenir des déchets difficiles à traiter lorsqu’ils sont abandonnés dans la nature ou mélangés aux ordures ordinaires.
À Goma, comme dans de nombreuses villes du Sud, cette pollution rappelle une vérité que l’on préfère souvent ignorer : le coût environnemental de notre révolution numérique n’est pas également partagé. Les pays consommateurs utilisent les technologies ; les territoires les plus vulnérables héritent trop souvent des déchets. Dans les rues, les marchés, les décharges informelles et parfois les cours d’eau, les plastiques issus de multiples produits s’accumulent sans infrastructures suffisantes de collecte, de tri et de recyclage.
Les citoyens de Goma ont lancé des cris d’alerte. Leur interpellation dépasse pourtant les frontières de la ville : quelle est réellement la politique des multinationales des télécommunications en matière de gestion de leurs déchets plastiques ? Où sont les dispositifs de récupération des anciennes cartes ? Qui finance leur collecte ? Que deviennent-elles après leur utilisation ? Et pourquoi la responsabilité s’arrête-t-elle si souvent au moment où le produit est vendu au consommateur ? Il ne suffit plus de connecter les populations ; il faut aussi assumer l’empreinte écologique de cette connexion.
La solution existe, à condition de passer des discours à la responsabilité. Les opérateurs et fabricants peuvent généraliser les eSIM, qui réduisent fortement le recours aux cartes physiques ; privilégier les cartes au format réduit afin de supprimer les supports plastiques inutiles ; utiliser des plastiques recyclés ou des matériaux moins impactants ; supprimer les emballages superflus ; mettre en place des programmes de reprise et de collecte dans les agences et points de vente ; financer des filières locales de tri, de recyclage et de valorisation ; sensibiliser les consommateurs ; publier chaque année des données transparentes sur les volumes produits, récupérés et recyclés ; et intégrer la gestion des déchets dans les contrats et stratégies de responsabilité sociétale des entreprises.
Les pouvoirs publics doivent, eux aussi, renforcer la réglementation, la responsabilité élargie du producteur et les infrastructures de gestion des déchets électroniques et plastiques. Mais l’essentiel est ailleurs : les multinationales doivent comprendre que leur responsabilité ne s’achève pas à la caisse. Une carte SIM qui connecte un citoyen ne doit pas déconnecter l’entreprise de ses responsabilités envers la planète.
De Goma monte aujourd’hui un cri simple : si les entreprises peuvent vendre des milliards de cartes au Sud, elles doivent aussi être capables d’y organiser leur récupération et leur fin de vie. Car l’innovation ne mérite véritablement son nom que lorsqu’elle rapproche les hommes sans éloigner l’humanité de son environnement.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan.
Cartes SIM : le petit plastique qui empoisonne notre avenir